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Les comptoirs européens face à la souveraineté africaine : le cas de Ouidah au début du XVIIIe siècle
Elisabeth Heijmans  1, *@  
1 : Leiden University  -  Site web
* : Auteur correspondant

Selon l'ouvrage devenu classique de John Thornton, sous-estimer la participation active des Africains dans le commerce trans-atlantique revient à sous-estimer la souveraineté locale et à exagérer du même coup le pouvoir des Européens sur les côtes occidentales d'Afrique au XVIIIe siècle.[1] Or, l'historiographie récente le prouve, les royaumes africains de la baie du Bénin, notamment le royaume de Dahomey et Hueda avant eux, avaient établi une administration et une autorité puissantes sur leurs territoires.[2] Face à ce royaume fort, les administrateurs des compagnies européennes présents à Ouidah sur la Côte des Esclaves devaient s'adapter aux règles locales. Comment eu lieu cette adaptation et quels effets eut elle sur les rapports de pouvoir à Ouidah au cours du XVIIIe siècle ? Cette contribution entend comprendre, dans un premier temps, comment afin d'établir des réseaux commerciaux, les administrateurs des compagnies européennes durent se construire une réputation sans faille auprès des pouvoirs locaux et particulièrement auprès des intermédiaires officiels qui leur étaient attribués. De même nous verrons quel rôle les femmes, ayant une place particulière dans la société dahoméenne, pouvaient jouer pour faciliter les relations commerciales avec le royaume de Dahomey.

Si la première partie prendra le point de vue particulier des administrateurs français présents à Ouidah au XVIIIe siècle, il nous paraît cependant important de remettre en question ce point de vue national en suivant un débat historiographique récent tendant à aller au-delà de l'eurocentrisme en étudiant les relations inter-impériales dans le processus d'expansion.[3]La présence de plusieurs nations européennes à Ouidah rend notre cas d'étude particulièrement propice à cette expérience et permet de voir sous un nouveau jour l'exercice de la souveraineté africaine sur les Européens. En effet, les souverains de Ouidah ont adopté une stratégie d'ouverture de leurs comptoirs à tous les Européens en tentant activement d'attirer le plus possible de nations européennes afin d'exacerber la concurrence entre les différentes nations. En plus de poursuivre cette stratégie à leur avantage, les pouvoirs locaux avaient établi des règles strictes régissant les interactions entre Européens. Nous verrons ainsi de quelle manière la souveraineté locale s'imposait sur les représentants européens.


[1] Thornton, J., Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400-1800, Cambridge, 1992.

[2] Law, Law, R., Ouidah. The Social History of a West African Slaving ‘Port' 1727-1892, Oxford, 2004 et Idem, The slave coast of West Africa 1550-1750, Oxford, 1991.

[3] Drayton, R., ‘Masked Condominia: Pan-European collaboration in the History of Imperialism, c. 1500 to the present' in Global History Review, Vol. 5


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