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Commerçants français et pouvoir royal en Sénégambie : les « coutumes » une expression de souveraineté pour la navigation sur le Fleuve Sénégal, XVIIIe-XIXe siècle
Cheikh Sene  1, *@  
1 : Centre d'Etudes des Mondes Africains  (CEMAf)  -  Site web
Université Paris I - Panthéon-Sorbonne, CNRS : UMR8171
9 Rue Malher 75004 Paris -  France
* : Auteur correspondant

Au XVIIIe siècle, la traite atlantique des esclaves est à son paroxysme en Sénégambie. En Afrique, les Etats situés sur les côtes entrainaient des rapports commerciaux avec les commerçants européens au détriment de ceux situés à l'intérieur du continent. La Sénégambie faisait exception de par sa position géographique. Cette région bénéficiât non seulement une façade maritime mais avait le privilège d'être traversée au Nord par le fleuve Sénégal et Sud par le fleuve Gambie. Cette situation géostratégique lui permettait d'être en contact direct avec les commerçants européens. En 1659, les Français établirent un comptoir à Saint-Louis et développèrent des liens commerciaux avec les Etats situés dans la vallée du fleuve Sénégal. Le fleuve permettait aux embarcations françaises de commercer avec les royaumes situés à l'intérieur de la Sénégambie qui ne bénéficiaient pas d'une ouverture à l'océan Atlantique. Parmi ces royaumes on peut citer le Fuuta-Tooro, le Waalo, le Galam, et les tributs Maures Brackna et Trarza. Tous ces Etats partageaient le fleuve Sénégal et avaient des points de traite le long du fleuve qui sont des lieux de convergence où s'échangeaient la gomme, des esclaves et des produits vivriers.

Le Royaume de Galam, situé à l'intérieur de la Sénégambie fournissait beaucoup de captifs aux Européens. Pour les français, naviguer sur le fleuve pour aller traiter dans ce royaume devint une nécessité pour la réussite de leur commerce. Mais la navigation sur le fleuve Sénégal n'était pas chose aisée. Les souverains locaux imposaient aux Français des taxes appelées « coutumes ». Ainsi, pour le bien du commerce et de la liberté de circuler, les Français étaient obligés de payer ces coutumes à tous les souverains riverains du fleuve. Ces « coutumes » devinrent le centre des relations politiques et économiques entre la France et ces royaumes. Outils de légitimation politique, elles accentuèrent cependant, au sein de la vallée du fleuve Sénégal, les rivalités entre les Etats. Elles furent à l'origine de plusieurs conflits d'une part entre la France et ses Etats et d'autre part entre ces Etats eux-mêmes. En 1819, quatre ans après la suppression de la traite des esclaves par le congrès de Vienne, la France signa avec les chefs du Royaume du Waalo un traité pour établir des cultures de plantation. Ce traité tripla les coutumes perçues par les chefs du Waalo. Au niveau des relations politiques, elle accentua la rivalité et provoqua des conflits entre le Waalo et ses voisins. L'objectif de cette communication est d'étudier la place de ces taxes dans les relations politiques entre la France et les états riverains du fleuve Sénégal tout en montrant comment elles étaient conçues comme une expression de souveraineté par les souverains locaux.


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