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Entreprenariat agricole et recomposition sociale : questionnement sur l'émergence des élites agricoles dans les provinces du Ziro et de la Sissili (Burkina Faso)
Téwendé Laurent Ouedraogo  1, *@  
1 : Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique  (PRODIG)  -  Site web
École Pratique des Hautes Études [EPHE], Université Paris VII - Paris Diderot, Université Paris IV - Paris Sorbonne, Université Paris I - Panthéon-Sorbonne, CNRS : UMR8586, Institut de recherche pour le développement [IRD] : UR215
PRODIG - 2 rue Valette - 75005 Paris -  France
* : Auteur correspondant

Depuis le virage à l'économie de marché opéré par l'Etat Burkinabè au début de la décennie 1990, le monde agricole du sud du Burkina Faso, notamment dans les provinces du Ziro et de la Sissili, à l'instar des autres fronts pionniers agricoles, connaît une dynamique de restructuration socio-économique importante sur fond d'évolution des pratiques agricoles et foncières. En effet, une des manifestations de la politique agricole en application dans le pays depuis cette période est la promotion de l'agrobusiness ou entreprenariat agricole. Suivant cette « nouvelle vision » pour l'agriculture et le monde agricole, l'agriculture paysanne familiale, de par sa structure et ses objectifs traditionnels d'autosubsistance, correspond de moins en moins aux exigences de la modernité et de la compétitivité agricoles qu'implique l'ouverture au marché international.

La promotion de l'agrobusiness par l'État est intervenue dans un contexte où, dans la zone de colonisation agricole du Ziro et de la Sissili, l'agriculture marchande était en plein essor et donnait à voir une dynamique de différenciation et d'inégalité socio-économiques. Les cultures de rente comme le coton et le regain du vivrier marchand qui est le résultat, en partie, de la croissance démographie soutenue et de l'urbanisation, positionnaient déjà différemment les exploitations agricoles familiales dans la société rurale : de gros producteurs agricoles, migrants et autochtones, dont la production est de plus en plus intégrée au marché, se constituaient en couche sociale dominante dans la sphère locale. 

L'agrobusiness a occasionné l'arrivée, dans les rapports agricoles et fonciers locaux, de citadins composés principalement d'élites urbaines : hommes politiques, opérateurs économiques, hauts cadres du secteur privé. Ces « nouveaux acteurs » étaient considérés dans un premier temps, plus à tort qu'à raison, comme les porteurs de la « nouvelle agriculture » qui allait tourner la page de « l'arriération » et de « l'immobilisme » du monde agricole. Disposant de bien plus de moyens financiers et étant politiquement influents, les élites urbaines sont des acteurs majeurs des rapports sociaux locaux en mutation.

Mais à la lumière des pratiques agricoles, il apparaît que l'entreprenariat agricole est aussi l'œuvre d'acteurs locaux. Qui sont-ils ? Sur quels aspects se différencient-ils du reste de la Paysannerie ? Quels sont les rapports de pouvoir entre cette nouvelle couche paysanne en constitution et les élites urbaines ? La présente communication s'appuie sur des données d'enquêtes de terrain réalisées dans les provinces du Ziro et de la Sissili entre 2012 et 2015. Elle évoquera, dans un premier temps, le mécanisme de restructuration complexe de la paysannerie dans cette zone, laissant apparaître une élite agricole locale. Dans un deuxième temps, il sera question des caractéristiques de cette catégorie paysanne, la différencie des autres acteurs agricoles locaux. Les rapports de pouvoir, entre les élites agricoles, locale et d'origine urbaine, permettront de mettre en évidence le processus de restructuration socio-économique inégalitaire dans les campagnes du sud du Burkina Faso.


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