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Usage des rêves prophétiques et sélection matrimoniale au féminin chez les pentecôtistes africains de la région parisienne
Pamela Millet  1, *@  
1 : École des hautes études en sciences sociales  (EHESS)  -  Site web
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), École des Hautes Études en Sciences Sociales [EHESS]
54, boulevard Raspail 75006 Paris -  France
* : Auteur correspondant

Atelier les marges du rêve

Depuis plusieurs décennies, la France, et particulièrement la région parisienne, est témoin d'une prolifération d'églises portées par des hommes et des femmes issus des pays d'Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, ces entreprises religieuses dont il n'est pas toujours facile d'établir les contours font désormais partie intégrale du paysage urbain francilien. A partir d'un terrain mené dans deux églises pentecôtistes de la région parisienne, cette intervention proposera une réflexion socio-anthropologique sur l'usage social des rêves qualifiés de prophétiques, notamment dans le processus de sélection matrimoniale, en se basant précisément sur l'analyse des expériences oniriques des rêveuses.
Le thème des rêves prophétiques s'est imposé à moi alors que je m'intéressais, dans le cadre d'un projet de publication d'un ouvrage collectif sur la diversité religieuse en France, à la question des alliances matrimoniales et à la gestion familiale qui en découle au sein des communautés religieuses néo-pentecôtistes présentes en région parissienne et, plus généralement, pentecôtistes. Parfois ovationné, parfois marginalisé et diabolisé, le rêve prophétique, à l'image des tensions qui traversent cet univers croyant, ne reçoit pas toujours le même accueil. Pour ceux qui l'associent à l'un des moyens privilégiés de mise en relation et de communication avec Dieu, il a une portée prophétique.
Il annonce notamment l'union à venir et oriente les attitudes des croyants. Censé révéler avec précision le visage du futur conjoint, le rêve prophétique qui consiste donc en une « révélation onirique divine » peut également être caractérisé par des perceptions auditives et tactiles du « conjoint révélé », voire par une apparition à tendance érotique de celui-ci. A l'opposé, pour ceux qui n'y voient qu'un pure message du Diable ayant pour but de semer la discorde au sein « du peuple de Dieu » - "Dieu ne parle plus aujourd'hui par le biais des rêves", martèle le pasteur Henry lors d'une prédication dominicale -, le rêve prophétique n'est rien d'autre que le signe d'une présence démoniaque dans la vie de la rêveuse.
Le titre de ma communication, en dépit de sa forme affirmative, peut à bon droit étonner ou provoquer, voire choquer. Comment qualifier ces attitudes a priori contradictoire ? Comment appréhender le rêve dans un univers aussi controversé ? Comment avoir accès aux récits des rêveuses sans êtes soi-même une rêveuse? Comment douter de la véracité des propos de la rêveuse quand, justement, cette dernière affirme avoir reçu un message divin ? Comment comprendre qu'au sein de ces entreprises religieuses issues des pays des Suds, l'usage et la légitimité des rêves varient d'un groupe à l'autre ? De quelles manières les rêves agissent-ils sur la rêveuse, sur son identité et sur sa famille ? Dans quelles mesures la socialisation de la rêveuse, son origine ethno-nationale, son sexe et son groupe religieux d'appartenance influent-ils sur le type de rêve et la légitimité qui lui est ou pas accordée ? Comment, enfin, le rêve façonne la quotidienneté de la rêveuse ? Sans doute l'évidence d'une pluralité d'usages, de représentations et d'interprétations des rêves ne s'aurait être niée. Aussi, après avoir présenté le terrain qui a rendu possible cette analyse, je m'intéresserai aux différentes variations et retombées sociales suscitées par l'usage des rêves dans ce monde croyant, avant de voir en guise de cas ethnographique, les rêves prothétiques qui deviennent la solution adaptée à la mise en relation des différents membres en age de se fiancer et de se marier.


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