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Les archives malmenées : l'exemple de Raharimanana sur l'insurrection de 1947 à Madagascar
Dominique Ranaivoson  1@  
1 : université de lorraine  (UDL)
ranaivoson
Ile du Saulcy 57045 Metz -  France

L'écrivain malgache Raharimanana publie depuis 2001 des textes qui se réfèrent ouvertement à l'insurrection réprimée en 1947-1948 par la France puis, par extension, à l'histoire coloniale. Nour, 1947 (2001) est annoncé comme « roman » et reprend plusieurs étapes de l'histoire malgache sans en référer aux archives tandis que L'arbre anthropophage (2004) annoncé comme « récit » est un carnet où le romancier commente de larges passages d'ouvrages français anciens sur Madagascar. Madagascar, 1947 (2007) est un bref et virulent texte poétique écrit à la première personne suivi de photos de 1947 choisies, agencées et légendées par le romancier et qui semblent illustrer son propos. Enfin, l'album Portraits d'insurgés (2011) associe des portraits d'anciens combattants de 1947 (réalisés en 2008) dont les témoignages sont reproduits sans aucun appareil critique, le tout étant introduit par un texte de l'auteur « 47, rano, rano », de la même tonalité que celui de Madagascar, 1947 où il affiche le projet de « reprendre mémoire ».

Ces textes forment donc un corpus à la fois homogène puisqu'ils explorent le même sujet daté annoncé dans les titres, sont traversés par le même ton et parfois les mêmes formules, et très différents dans le traitement des archives. Les textes originaux, les photos d'époque relégendées, les portraits et les témoignages recueillis 60 ans après les faits, sont intégrés dans un projet littéraire personnel et orienté, repris, commentés, disjoints du contexte, reliés à d'autres événements (Rwanda et Congo par ex).

Après avoir soigneusement analysé la méthode utilisée, nous examinerons comment ces archives diverses participent d'une stratégie de légitimation d'un discours qui se situe au carrefour du poétique et de l'historique. Nous nous demanderons ensuite comment les archives sont utilisées pour développer une vision personnelle de l'histoire malgache mais, plus largement, de l'histoire coloniale passée et postcoloniale présente. Nous tenterons de montrer que les archives servent de support pour exprimer une révolte larvée de l'auteur dont les origines sont ailleurs que dans ce à quoi renvoient les archives.

 

Dominique Ranaivoson

Université de Lorraine (Metz)


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