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Quête identitaire et métissage dans le cinéma de la diaspora: « Noire ici, blanche là-bas » de Claude Haffner.
Caporale Marzia  1@  
1 : University of Scranton  (Associate Professor of French and Italian)
World Languages and Cultures 300 Jefferson avenue Dunmore 18509 -  États-Unis

Dans l'introduction de son ouvrage intitulé Les écritures migrantes, de l'exil à la migrance littéraire dans le roman francophone (2015), Adama Coulibaly aborde les problématiques des phénomènes migratoires telles qu'elles se reflètent dans la production narrative des écrivains de la diaspora. Il remarque que les auteurs de la nouvelle génération, issus d'une migration plutôt récente, réalisent des œuvres « caractérisées par la thématique de l'obsession du pays d'origine mais aussi du transnational, de l'errance ou de la mobilité, de la mouvance identitaire et culturelle, de l'hybridité ou du métissage littéraire » (9-10). La question identitaire et la construction d'une subjectivité transnationale dans les sujets biraciaux et biculturels trouvent également un espace de représentation socio-esthétique dans le cinéma contemporain. La recherche d'un chez-soi en particulier est le sujet d'un documentaire autobiographique intitulé « Noire ici, blanche là-bas » de la cinéaste et documentariste franco-congolaise Claude Haffner. Née au Congo d'un père français, professeur de cinéma africain, et d'une mère congolaise, Haffner a quitté le Congo en bas-âge avec sa famille qui avait choisi de s'installer en Alsace. Le film retrace le chemin à rebours de la réalisatrice qui, en âge adulte, entreprend son premier voyage de retour au pays natal afin de se réapproprier de ses racines et de se rapprocher d'une culture qu'elle connaissait à peine.

A travers les visites au village des grands parents, des tantes et des cousins, la cinéaste, qui est aussi la voix narratrice du discours filmique, tisse les fils d'une subjectivité double et fluide qui, malgré le bonheur de ses origines retrouvées, doit endurer les préjugés de la famille et de la communauté congolaise. Considérée comme une étrangère privilégiée qui ne parle pas la langue locale et n'a pas la même couleur de peau que le reste de la famille, (« on n'est pas habitué à toi . . . on voit ta peau blanche »), Haffner doit négocier sa condition d'altérité par rapport au pays de sa mère et à son lieu de naissance. L'énonciation de ce voyage vers les racines africaines s'articule selon deux axes visuels et narratifs: celui de l'autobiographie, caractérisé par un point de vue personnel et interne à la diégèse, et celui plus objectif d'un documentaire à base socio-culturelle qui met en relief le défis de l'appartenance à la culture natale. En dernière analyse, à travers une narration cinématographique qui se trouve à la fois individuelle et universelle, Haffner démontre que la construction identitaire pour tout sujet diasporique (et pour les métis en particulier) doit passer obligatoirement par un parcours d'une découverte directe du passé Surmonter le traumatisme du déracinement et concevoir le moi hybride comme un atout du phénomène migratoire plutôt que comme un inconvénient, constituent des démarches indispensables au procès d'intégration et d'acceptation de soi.



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