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Cosmopolitisme Musical, Réalité ou Fiction ?
Thomas Jacques Le Seigneur  1@  
1 : Société Française d'Ethnomusicologie  (SFE)  -  Site web
Ministère de la Culture et de la Communication
222, rue de l'Université 75343 Paris cedex 07 -  France

A l'aube de ce millénaire des styles musicaux et chorégraphiques inédits ont pris forme ici et là sur le continent africain; selon certains de ses adeptes, ils constituent l'essence d'un genre continental unique et contemporain : l'Afropop.
Le Coupé Décalé et l'Azonto en sont deux témoins esthétiques qui racontent à travers leurs histoires respectives, les aspirations d'une nouvelle génération musicale. Derrière la diversité qu'expriment ces styles, leurs artistes dessinent le portrait d'une Afrique connectée, vivant une mondialisation capitaliste dont ils s'approprient les codes. Les vidéoclips qui accompagnent ces musiques nous font voyager en gros cylindrés, de soirées où coulent spiritueux et volutes de cigares, aux villas luxueuses habitées par des mannequins dénudées et des hommes aux vêtements griffés. D'ailleurs à l'oreille du non-initié, ces musiques semblent reprendre les mêmes codes que les derniers grands succès commerciaux en Europe, ou en Amérique du Nord.

Cependant, le message porté par cette jeune génération reste très attaché à un contexte, comme l'exprime l'artiste d'Azonto Fuse ODG dans son leitmotiv « TINA », signifiant « This Is New Africa », Ceci est la Nouvelle Afrique. Et si on leurs prête une oreille attentive, ces musiques ne manquent pas d'éléments formels ou structurels renvoyant aux patrimoines culturels locaux. Simultanément, ces musiques révèlent d'autres niveaux d'inscriptions identitaires au travers d'appartenances nationales ou linguistiques fortes. Ainsi, le Coupé Décalé revendique sa nationalité ivoirienne et l'utilisation de la langue française alors que l'Azonto lui se veut ghanéen, et sera repris d'avantage dans les pays anglophones du continent.
Mais comme le prophétisaient les premiers succès du Coupé Décalé, l'ambition dépasse les frontières du continent, ses artistes s'adressent au monde. Ils nous chantent l'hymne d'une jeunesse en mouvement qui par la musique, accède au cosmopolite, se désignant dorénavant comme Afropolitains. L'imaginaire que véhiculent ces nouvelles musiques témoigne d'un continent qui existe désormais au-delà de ses frontières géographiques, par le relais de ses diasporas. Ces deux styles se sont développés entre une diaspora citadine européenne et américaine (à Paris, Londres, Amsterdam, ou New-York) et un pays africain connecté (La Côte d'Ivoire, le Ghana). L'évolution technologique des moyens de transport et de communication a permis la création d'un espace inédit, permettant aux existences d'une jeunesse vivant dans un contexte globalisé de s'exprimer. Les musiques et les danses, les musiciens, et leurs moyens de production et de création, devenus numériques, s'échangent, se concurrencent à une vitesse stupéfiante. Un Ghanéen, vivant à Accra, dont le rêve est de partir faire fortune en Europe, peut désormais se raccorder au travers d'un même objet musical et chorégraphique à un compatriote habitant Londres, dont le rêve est de rentrer au pays.
L'Afropop, ou les courants qu'il recouvre, exprime dans son apparence unifiée un imaginaire partagé autours d'expériences variées mais connectées. Ces logiques contradictoires qui semblent habiter cette musique actuelle africaine, tissent et tracent de nouvelles lignes définissant par delà l'enveloppe homogène et cosmopolite de ce genre, des frontières et des appartenances ; une nouvelle dynamique qui rappelle dans une forme inattendue, le projet panafricain.



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