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L'Espagne et l'imaginaire collectif du peuple sahraoui entre regret et revendications. Les ambiguïtés d'une relation nécessaire
Luciano Ardesi  1@  
1 : Francesco Correale

L'Espagne a abandonné définitivement le Sahara Espagnol en février 1976, peu après l'avoir cédé au Maroc et à la Mauritanie, par un accord tripartite (Madrid, 14.11.1975), lors d'une phase très critique de son histoire: le passage du franquisme à la monarchie constitutionnelle.

Le départ de l'Espagne s'est effectué après maintes promesses d'adhésion au processus de décolonisation prévu par l'ONU depuis 1960, et de déclarations des responsables politiques espagnoles en faveur de l'autodétermination du peuple sahraoui.

Ces faits, parallèlement à l'occupation militaire du territoire et à la répression sur la population de la part du Maroc, ont laissé un sentiment ambigu dans le peuple sahraoui.

À travers les interviews, menées d'une façon continue depuis la fin de 1975 jusqu'aujourd'hui, avec des responsables du Front Polisario (qui revendique l'indépendance de l'ancienne colonie espagnole), des réfugiés sahraouis dans les campements en Algérie, des nomades dans le territoire libérés, des activistes des territoires occupés, et des exilés, notamment en Espagne, il ressort une relation profonde entre les Sahraouis et l'Espagne. Une relation qu'on peut toutefois définir comme « ambiguë » du fait de la superposition de la mémoire du passé colonial, de la condamnation de la politique de décolonisation, de la nécessité d'utiliser la sensibilité de la société civile espagnole, de l'opportunité d'exploiter les instruments juridiques de l'ancienne puissance coloniale pour revendiquer des droits et des dédommagements.

En résumé, voici les principales articulations des discours des différents acteurs sahraouis interviewés.

Les dirigeants du Polisario condamnent sans hésitation le fait colonial et ce qu'il considère comme étant une «trahison» de la part de Madrid à cause de la décolonisation manquée.

Dans ses différentes composantes, le peuple sahraoui manifeste par contre un sentiment de regret par rapport à l'époque coloniale, dont il garde la mémoire d'une occupation «humaine» par rapport à la sanglante occupation militaire et à la répression exercée par le Maroc.

Dirigeants et peuple manifestent leur déception vis-à-vis de Madrid, qui refuse de reconnaître ses responsabilités et de déployer une politique «réparatrice» envers son ancienne colonie. Dès là un discours revendicateur.

D'autre part, Polisario et réfugiés sahraouis en Algérie, entretiennent des relations étroites avec la société civile espagnole, qui est encouragée à manifester sa solidarité, avec un discours accueillant. Au même temps un nombre croissant de sahraouis cherche de s'installer en Espagne pour travailler et améliorer ses propres conditions de vie.

Ces relations complexes sont en partie confirmées par l'analyse de textes, très peux nombreux, écrits par les sahraouis mêmes, auxquels on fera appel pour cette communication. Cependant, les sources principales restent principalement orales.



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