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« Vazaha mody miady » ou la méfiance de la population malgache vis-à-vis de l'« extérieur » ?
Mireille Razafindrakoto  1@  , François Roubaud  1@  , Jean-Michel Wachsberger  2, 3@  
1 : UMR DIAL - IRD  (DIAL - IRD - Unité Développement Institutions et Mondialisation)  -  Site web
Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE), Université Paris IX - Paris Dauphine
4 rue d'Enghien 75010 Paris -  France
2 : CERIES
Université Lille III - Sciences humaines et sociales
Lille -  France
3 : CERIES - Université de Lille 3
Université Lille III - Sciences humaines et sociales

De nombreuses études se sont penchées sur le caractère spécifique du rapport des malgaches à l'étranger. Elles ont mobilisé aussi bien des anthropologues que des historiens, des linguistes, des politologues, des géographes, des économistes. La situation géographique et l'insularité de Madagascar, les origines de sa population, son histoire, mais également ses caractéristiques économiques constituent autant de facteurs qui ont pu jouer (et continuent à jouer) sur la façon dont la population perçoit et considère les étrangers sur le territoire national. Ces sentiments viennent d'ailleurs en retour influer sur la place et le rôle des étrangers dans le pays. La grande majorité des analyses mettent en avant le sentiment ambigu des malgaches à l'égard de l'étranger : accueil mais méfiance, rejet et admiration, reproche d'ingérence et demande d'appui, revendication d'autonomie et instrumentalisation de l'extérieur, etc. Les bailleurs de fonds comme les investisseurs sont considérés à la fois comme potentiels contributeurs au développement, manne financière et bouc-émissaires à l'origine des blocages dans le pays (Pellerin, 2011 ; Raharinirina, 2013 ; Razafindrakoto et alii, 2015 ; Sarrasin, 2007). Les normes, pratiques, dogmes de la communauté internationale sont à la fois présentés comme des contraintes alors que les acteurs nationaux mobilisent largement ces structures et les prennent comme références (Rajaonah, 2002 ; Witt, 2013).

La rétivité du pays aux influences extérieures n'est pas nouvelle car elle se manifeste aussi bien à l'égard de nouveaux acteurs (les nouveaux chinois) que des Indiens et même des Chinois installés de longue date dans le pays (dont certains ont la nationalité malgache) (Bardonnet, 1964 ; Fournet-Guérin, 2009 ; Tremann, 2014). Crispations identitaires de la société en période de difficultés économiques ? Volonté de renforcement de la cohésion par l'exclusion plus ou moins implicite de tout groupe étranger ? (Papinot, 1998 ; Gueunier, 1992) Peur de facteurs externes risquant de bouleverser un équilibre interne fragile ? Les causes sont certainement multiples et nous laisserons ces questions ouvertes.

Notre contribution se propose d'apporter un éclairage original sur cette thématique en étudiant dans le cadre de la mondialisation en cours, le point de vue de la population aujourd'hui sur le la place et l'influence d'un certain nombre d'acteurs étrangers (investisseurs, bailleurs de fonds, représentants d'ONGs internationales) à Madagascar. On mettra en regard ces perceptions et le poids et rôle effectifs de ces acteurs dans le pays. Nous mobiliserons entre autres les données des enquêtes Afrobaromètre menées à l'échelle du continent africain pour évaluer dans quelle mesure il y aurait une véritable spécificité malgache dans ce domaine.



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