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Coopération et Muséologie: un exemple de coopération entre le Museum Rietberg, Zurich (Suisse), le Crafts Museum, New Delhi (Inde), le National Museum, New Delhi (Inde), soutenu par l'UNESCO (Inde) et l'Office Fédéral de la Culture (Suisse)
Marie Eve Celio Scheurer  1@  
1 : musée d' art extra européen  -  Site web
Gablerstrasse 15, 8002 Zurich -  Suisse

Coopération et muséologie : un exemple concret de coopération entre le Museum Rietberg, Zurich (Suisse), le Crafts Museum, New Delhi (Inde) et le National Museum, New Delhi (Inde), soutenu par l'UNESCO (Inde), l'Office Fédéral de la Culture (Suisse) et l'Ambassade de Suisse en Inde, 4 septembre 2014-30 novembre 2015

Marie Eve Celio Scheurer

I. Introduction

La présente communication vise à donner un exemple concret et ayant récemment eu lieu de coopération entre des musées en Europe et en Inde. Cette coopération, certes, ne s'est pas faite entre des musées en Europe et en Afrique. Toutefois, ce projet pourrait être intéressant pour des coopérations avec l'Afrique également et s'inscrit dans les problématiques soulevées par Thomas Laely, Patrick Effiboley et Birth Pater dans leur atelier intitulé « Politique de coopération muséologique entre l'Afrique et l'Europe au 21 ème siècle », notamment avec les questions relatives aux échanges entre le monde urbain et rural dans le cadre d'un travail muséal.

Le projet que nous avons choisi de présenter repose sur un échange de compétences entre un musée en Suisse, à savoir le Museum Rietberg à Zurich et, au départ, un musée en Inde, le Crafts Museum à New Delhi. Ce projet visait àcontribuer à la préservation du patrimoine conservé dans les musées indiens et à une connaissance plus approfondie d'objets indiens conservés par le Museum Rietberg. Il repose donc sur un principe d'échange de compétences et de savoirs.

Pour comprendre les origines et les ramifications de ce projet, on peut remonter à l'acquisition par le Museum Rietberg d'une collection d'instruments de musique à cordes d'origine indienne et provenant d'un collectionneur privé. Alors qu'on inventoriait ces instruments et qu'on les documentait en vue d'une publication en allemand et d'une exposition qui devait ouvrir à Zurich, nous avons été tout fascinés par un groupe d'instruments d'origine Santal appelés Banam. 

Afin de mieux documenter, connaître et préserver ces instruments, nous avons élaboré un projet de coopération avec le National Crafts Museum à New Delhi, avec l'appui de l'UNESCO et de l'Ambassade de Suisse en Inde.

Avec le développement du projet, la coopération avec le Crafts Museum s'est enrichie de la collaboration avec le National Museum à New Delhi, ainsi que de l'Indira Gandhi Ratshtriya Manav Sangrahalaya (IGRMS) à Bhopal. Ces deux musées, en effet, ont de riches fonds Santal. Ce fait est important à relever, car le succès d'un projet de coopération repose sur une certaine souplesse et flexibilité.

 Ce projet, rendu possible grâce au soutien financier de l'Office Fédéral de la culture, s'inscrivait dans la continuité d'une action pilote soutenue par ce même office en 2011 entre le Musée d'ethnographie de Neuchâtelet le Crafts Museum en matière d'inventoriage de biens culturels mobiles et de l'engagement de l'UNESCO en matière de sauvegarde du patrimoine muséal en Inde.

Le projet de 2011 reposait sur le postulat suivant : tant que les biens culturels mobiles ne sont pas correctement inventoriés ; pourvus d'un système de localisation adéquat permettant de retrouver les objets; entreposés sainement en réserves ; présentés correctement dans les salles (en veillant aux questions de chaleur, humidité, etc.) et pourvus d'une documentation, ils sont menacés de se détériorer, de disparaître, d'être perdus, volés, pillés, endommagés, cassés, détruis, méconnus.

Si le Crafts Museum a pu bénéficier d'une expertise en matière d'inventoriage, il ne peut pas encore assurer la sauvegarde de ses biens matériels car il présente des lacunes dans les autres domaines de la muséologie décrits ci-dessus, une des raisons étant le manque de formation spécialisée de ses collaborateurs. 

Pour y remédier, ce projet proposait de travailler sur le renforcement des capacités professionnelles au sein du Crafts Museum dans les domaines de la conservation, de la documentation et de la présentation des biens culturels mobiles afin d'en assurer leur sauvegarde.

II. Résultats attendus et obtenus

Les buts espérés du projet de 2014 avaient été formulés comme suit :

« 1. les compétences humaines dans le domaine de la conservation et de la présentation des biens culturels mobile sont renforcées.

2. L'inventoriage et la conservation des biens culturels mobiles sont renforcés.

3. La sensibilisation du public sur la valeur des biens culturels et sur la nécessité de les préserver est garantie.»

Les résultats attendus du projet étaient les suivants:

1. Un conservateur du Crafts Museum est formé dans les pratiques muséales suivantes liées aux objets mobiles: conservation préventive, documentation, entreposage et présentation des objets, guides pédagogiques.

2. Sensibilisation sur les principes généraux liés aux pratiques muséales de la conservation préventive, la documentation et l'exposition des biens culturels mobiles.

3. Une exposition permettant la mise en pratique des connaissances acquises lors de la formation du conservateur et des collaborateurs du Crafts Museum est mise en place et une publication en anglais relative à ce projet.

4. Un manuel pratique sur la documentation est publié sous l'égide de l'UNESCO.

5. Les relations entre le Crafts Museum et le secteur académique en Inde (Universités) sont renforcées.

6. Les relations institutionnelles entre le Crafts Museum, le Musée Rietberg, l'UNESCO et l'Ambassade de Suisse en Inde sont renforcées. 

III. En guise de conclusion

Ce projet a permis de contribuer modestement, mais avec rigueur et professionnalisme, à la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel Santal dans un projet de coopération muséologique internationale, qui a tissé des liens entre plusieurs institutions, en Inde et en Suisse et entre leurs collaborateurs. Chacun des acteurs de ce projet a dû apprendre à faire un pas vers la culture de l'autre et à faire preuve de souplesse, dans le but d'enrichir un patrimoine commun mondial matériel et immatériel. L'expérience s'est avérée riche, positive et essentielle pour la connaissance et la préservation du patrimoine.

La faisabilité du projet était assurée notamment par les éléments principaux suivants:

- Le fait que le projet soit en large mesure basé sur la formation et renforcement des capacités et compétences, notamment d'un conservateur et des collaborateurs du Crafts Museum.

- La création de liens entre institutions qui jouent un rôle important dans le domaine de la préservation des biens culturels mobiles (le Crafts Museum et l'UNESCO), le Musée Rietberg qui amène de fortes compétences et savoir-faire dans la muséologie, ainsi que l'Ambassade de Suisse en Inde en tant que plateforme de mise en réseau et mise en valeur des résultats obtenus par le projet.

- L'intégration dans le projet d'une collaboration entre le Crafts Museum et des jeunes universitaires poursuivant leurs études dans des domaines liés à la muséologie.

- Le pouvoir de sensibilisation publique du Crafts Museum / National Museum qui attirent un grand nombre de visiteurs.

 Questionnement :

- L'affiliation du Crafts Museum et du National Museum avec les autorités nationales indiennes et ses possibilités de dialogue et d'influence sur les décideurs au sujet de questions de protection des biens culturels mobiles.


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