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Globalisation, migrations et cosmopolitisme : réflexions à partir de l'exemple mauritanien
Anne-Laure Counilh  1@  
1 : Haute Ecole de Travail Social  -  Site web

Alors que les mouvements migratoires sont de plus en plus criminalisés par les Etats, un certain nombre de travaux de recherche tendent à mettre en avant la diversité produite par les circulations des personnes et les métissages qui en sont issus comme des facteurs essentiels de l'évolution des sociétés et des territoires contemporains. Dans ce contexte, la notion de cosmopolitisme apparaît comme un élément permettant d'enrichir une réflexion sur des interactions socio-spatiales complexes. Un moment délaissée, la littérature sur le cosmopolitisme semble avoir trouvé un nouveau souffle dans les études sur les migrations et elle s'est récemment attachée à retravailler à la notion d'identité (Glick-Schiller, 2012), à mettre en évidence les liens différents espaces entretenus pas les migrants (Portes, 1999 ; Tarrius, 2002) ou encore à montrer le contraste entre la criminalisation des mouvements migratoires et la création de liens complexes entre espaces et sociétés à travers les mobilités (Tarrius, 2011 ; Tarrius et Berset, 2014). Enfin, quelques études de terrains africains ont contribué à montrer comment la mondialisation, les mouvements migratoires et le cosmopolitisme se conjuguent pour produire de nouvelles interactions au cœur des transformations des espaces et des sociétés et de la redéfinition des rapports entre les différentes échelles spatiales (Brachet, 2007 ; Bensaad, 2009 ; Counilh, 2011 ; Counilh, 2014).

A travers cette communication, je propose tout d'abord de revenir sur la portée heuristique de la notion de cosmopolitisme pour mieux comprendre les évolutions de notre monde, et plus précisément celles relatives aux mouvements migratoires en Afrique de l'Ouest. Dans un deuxième temps, je m'attacherai à présenter un retour de terrain mauritanien à travers l'évolution de la ville de Nouadhibou (Mauritanie) au cours des XXème et XXIème siècles d'une part et à travers une analyse de la rue comme lieu de la coprésence, de la production d'interactions cosmopolites et d'évolutions socio-spatiales. Le contexte spécifique de cette petite ville du littoral nord du pays, devenue entre 2007 et 2012, un des ports de départ pour les pirogues en partance vers les îles Canaries, permet d'observer les effets conjugués des mouvements migratoires, de la mondialisation et du cosmopolitisme. Il s'agira de montrer comment le renouvellement des mouvements migratoires dans cette région, en réintroduisant dans la ville une dimension cosmopolite depuis longtemps oubliée, a induit une transformation de l'espace à l'échelle locale tout en suscitant une évolution des rapports sociaux mais a également entraîné une redéfinition de la place de la ville à l'échelle nationale, régionale, voire internationale.

La conjugaison de cette réflexion théorique et de cette analyse de terrain me permettra de poser la question de la pertinence de l'introduction d'une vision régionalisée du monde pour nuancer le « tout globalisé », tout en interrogeant la notion de marge comment indicateur d'inclusion/exclusion dans les processus de mondialisation, notamment à travers la question la place de l'Afrique de l'Ouest dans cette conception d'un monde partagé entre dominé et dominant. 



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