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92 grammes de promesses: la diffusion des Aliments Therapeutiques Prêts à l'Emploi en Afrique entre cadrages et débordements (Atelier - Entre abondance et rareté : questionner le rapport ambigu de l'Afrique au médicament)
Jean-Francois Caremel  1, 2@  
1 : Centre de recherche, Médecine, Sciences, Santé, Santé mentale, Société  (CERMES3)  -  Site web
Université Paris Descartes, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), CNRS : UMR8211, Inserm : U988
Campus CNRS de Villejuif. Bât C. 7, rue Guy-Môquet. 94801 Villejuif Cedex -  France
2 : LASDEL  -  Site web
BP : 12901 Niamey -  Niger

Massivement déployés au cours de la crise alimentaire de 2005 au Niger, les Aliments Thérapeutiques Prêts à l'Emploi (ATPE), un produit développé par Nutriset et l'IRD en lien avec les ONG, ont contribué à une révolution des modes de prise en charge de la malnutrition aigue de l'enfant en Afrique. A travers l'analyse de 3 controverses majeures où se télescopent enjeux de régimes de propriété intellectuelle et industrielle (PI&I), de qualité, de production au Sud et de fixation des prix nous identifions les modalités de construction progressive de produits agro-alimentaires « humanitaires » en blockbuster de santé globale en Afrique.

La première partie s'intéresse aux débats autour du statut des ATPE à travers l'analyse des controverses sur leurs régimes de PI&I. Nous explorons la manière dont se sont affrontées les ambitions de faire des ATPE un bien marchand de santé publique et un commun et les équilibres qui ont progressivement été trouvés autour de l'abandon:

- de l'idée, initiée par MSF, d'un patent pool et la mise en place d'un accord d'usage simplifié du brevet,

- tardif, sur al dernière génération d'ATPE du brevet sous la pression de la Fondation Gates et

- d'une présentation de marque au profit d'une présentation « générique » qui respecte la PI.

La seconde partie revient, à partir de la controverse autour de la « contamination » des ATPE par le cronobacter Sakazakii, sur les procédures de construction du cahier des charges, d'audit et d'accréditation quasi-pharmaceutiques de la qualité du produit et de sa production. Nous explorons comment, malgré des priorités fortes en termes d'accès et de production locale, l'aversion au risque et la bureaucratisation de l'aide constituent des limites fortes notamment pour de nouveaux producteurs, notamment du Sud.

 

La troisième partie revient sur les controverses autour de l'organisation de la production et de la fixation des prix. Nous explorons comment le marché des ATPE d'une niche caractérisée par un quasi-monopole de Nutriset s'est progressivement structuré en un marché administré autour d'un quasi-monopsone de l'UNICEF. Nous analysons la manière dont cette configuration a débouché sur :

- une gestion plus souple, de fait, des questions de propriété intellectuelle, mais

- une baisse assez faible des prix et de la part de la production au Nord qui s'expliquent en grande partie par :

  • la structure des couts du produit (part des matières premières),
  • l'organisation initiale de la production structurée autour d'un réseau de producteurs franchisés de Nutriset et de la hausse des exigences du cahier des charges,
  • des règles de procurment des bailleurs de fonds de l'aide favorisant l'achat d'ATPE produits sur leur sol.

 L'ensemble de ces analyses permet d'explorer, par le bas, la construction d'une forme particulière de « capitalisme philanthropique » qui a fait d'un produit agro-alimentaire un quasi-médicament en Afrique.



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