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L'œuvre expérimentale de Délio Jasse ou comment faire corps, par la photographie, avec l'histoire angolaise, dans une perspective apaisée
Erika Nimis  1@  
1 : UQAM

Artiste visuel reconnu sur la scène internationale, Délio Jasse (né en 1980 à Luanda) a montré son travail en Afrique (Luanda, Le Cap, Bamako) et en Europe (Lisbonne, Londres, Berlin, Paris). En 2014, Jasse est finaliste du prestigieux Prix de la Photo BES (Portugal), ce qui lui vaut d'exposer l'année suivante au pavillon angolais lors de la 56e Biennale de Venise. Ce jeune artiste a pour particularité d'utiliser d'anciens procédés d'impression photographiques de l'ère argentique, comme le cyanotype et le platine, dans des installations qui combinent à la fois des archives papier (lettres, pages de passeports, albums photo) et des photographies, afin d'explorer en profondeur les différentes couches mémorielles et identitaires qui constituent l'histoire partagée de ses deux cultures, de ses deux pays, l'Angola (où il est né) et le Portugal (où il vit).

Mélancolie, poésie, voire nostalgie, sont les mots qui viennent d'emblée à l'esprit du spectateur pour évoquer les installations de Délio Jasse, qui traitent d'un passé qu'il n'a pas vécu lui-même, en expérimentant des techniques photographiques anciennes, elles-mêmes révolues. Dans ce qui ressemble à un perpétuel « work in progress » (les différentes séries se répondent les unes aux autres), Jasse redonne vie à des images tirées de l'oubli, dont on sait parfois pas ou peu de choses. Il fait littéralement « parler » ces images.

Ma communication tentera d'analyser sa démarche artistique et les matériaux avec lesquels il travaille (des documents et des photos d'archives trouvés, combinés avec ses propres images) et reviendra sur sa posture d'artiste qui revisite une histoire dont il n'a pas été le témoin direct, mais qu'il vit et performe, à travers des visages anonymes, fantômes apprivoisés d'une manière sereine, intime, comme dans une tentative à la fois de faire le deuil d'un passé (collectif) douloureux de part et d'autre, et de tisser des liens avec ce dernier, par le biais de la photographie, médium de la mémoire et de l'identité.

C'est au final ce rôle de « passeur » (terme emprunté à l'écrivaine algérienne Assia Djebar), que je veux interroger dans l'œuvre prolifique de Délio Jasse qui incarne cette jeune génération d'artistes ayant recours à la photographie, la vidéo, l'installation, pour aborder l'histoire de leur pays, avec pour principal épicentre (dans le cas de l'Angola), la guerre d'indépendance et ses conséquences. À l'aide d'archives diverses, cette famille d'artistes interroge et réactualise la ou les mémoire(s) collective(s) ou individuelle(s) qui leur ont été (ou non) transmises. Par leur démarche, ces artistes cherchent aussi et surtout à rendre compte d'autres histoires, celles d'hommes et de femmes « invisibles », marginalisés par « l'Histoire avec sa grande hache » (pour reprendre l'expression de Georges Pérec, dans W ou le Souvenir d'enfance, Paris, Denoël, 1975).



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