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Le corps comme passeur de mémoire chez Scholastique Mukasonga
Pierre Boizette  1@  
1 : Université Paris Ouest
LIPO

Pour l'auteure rwandaise, naturalisée française, Scholastique Mukasonga, l'écriture du corps prend part à un processus de deuil contrarié marqué par l'expérience de l'absence aux siens lors du génocide des tutsi de 1994 et l'ignorance du lieu de leur sépulture. Les corps de ses proches deviennent ainsi l'objet d'une quête dont ses livres sont à la fois le témoignage et l'accomplissement minutieux par le travail d'imagination. Dès lors, et selon ses termes, la littérature s'inscrit dans un projet visant à enterrer ses morts par le biais d'un mausolée de papier lequel, élevé entre le Rwanda quitté en 1973 et la France où elle vit dorénavant, détermine les conditions de transmission de la mémoire de ces événements. Le retour au Rwanda s'articule par conséquent dans son œuvre à l'intersection entre la nécessité d'accomplir un pèlerinage sur place à la recherche de traces de ceux qui ne sont plus, et un travail d'anamnèse ayant vocation à déterminer la genèse de la catastrophe à laquelle elle a survécu. Dans ces circonstances, les corps familiers font histoire en servant de support au récit des décennies qui précédèrent la tragédie tandis que celui de l'auteure devient le pont garant du partage de ce passé et de la résolution du trauma qu'il a engendré.


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