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Les Africains en Russie : la notion "d'élites" hors du contexte national
Tatiana Smirnova  1@  
1 : École des hautes études en sciences sociales  (EHESS)  -  Site web
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), École des Hautes Études en Sciences Sociales [EHESS]
54, boulevard Raspail 75006 Paris -  France

L'objectif de cette communication est de s'interroger sur la notion d'élite à partir de l'analyse des expériences des étudiants africains qui, après leurs études en URSS dans les années 1980, à l'époque de la Perestroïka, ont été amenés à s'installer en Russie « post-soviétique ». Comment certains d'entre eux sont-ils parvenus à acquérir une visibilité et une certaine reconnaissance dans l'espace politique, culturelle et universitaire russe ?

En effet, parmi ces Africains figurent des artistes, ingénieurs, politologues, philosophes, musiciens, journalistes et parmi eux certains exercent par ailleurs des activités liées au monde des affaires. Ils sont souvent passés par l'expérience académique de haut niveau sanctionnée par l'obtention du titre de docteur, en intégrant même le corps des professeurs titulaires. Ceux qui ne sont pas dans cette situation, continuent toutefois à garder des contacts avec l'Université (e.g. avec l'Institut d'Afrique, l'Université d'Amitié des Peuples et avec l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg), ce qui leur apporte une notoriété importante dont ils s'approprient pour s'investir à la fois dans les différentes associations de compatriotes, mais aussi dans les associations d'envergure nationale comme celle de l'Association des Migrants de la Russie. Par ailleurs, ils participent à l'organisation de festivals consacrés à la « culture » africaine (Afrika-Moskva, Afrofest), les expositions d'art, la conception des programmes universitaires franco-russe ou la création des groupes musicaux. Si ces activités leur permettent de combler une certaine nostalgie de l'Afrique, elles alimentent également leur visibilité dans l'espace public et médiatique russe. Cette visibilité, résultante de luttes, négociations, concessions et médiations avec les autorités russes mais aussi avec les ambassades africaines est vécue comme nécessaire pour signifier et marquer leur existence sur le sol russe. Ce faisant, les Africains intègrent plusieurs réseaux et contribuent à construire les espaces circulatoires entre l'Afrique, l'Europe, et la Russie.

La communication propose d'étudier la notion d'élite au-delà du cadre de l'Etat-nation, en réfléchissant aux transformations portées par les situations diasporiques. Elle s'appuie sur une trentaine d'entretiens biographiques semi-directifs menés avec les Africains (principalement, Béninois, Burkinabés, Ethiopiens, Guinéens, Maliens, Nigériens, Rwandais, Ivoiriens) pendant les années 2014 - 2016 à Saint-Pétersbourg, Moscou et dans les villes de province dans le cadre du projet ELITAF.

 

 



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