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Les définitions de la « vraie médecine chinoise » au Mali. Genèse et modes d'existence d'un objet technique : la « machine à diagnostiquer »
Françoise Bourdarias  1@  
1 : Centre d'Etudes en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques  (CESSMA)  -  Site web
Université Paris VII - Paris Diderot, Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE)
Université Paris Diderot, Bât. Olympe de Gouges, case postale 7017, 75205 Paris cedex 13 -  France

Atelier : Appropriations et réappropriations de savoirs et de savoir-faire en Afrique

 

Des recherches menées au Mali entre 2011 et 2015 m'ont permis d'appréhender les transformations du champ thérapeutique local liées à la diffusion de la médecine chinoise. L'installation de praticiens formés dans les universités chinoises, l'implantation de réseaux légaux et illégaux de commercialisation de médicaments traditionnels chinois, la reconversion de guérisseurs locaux devenus spécialistes en « médecine traditionnelle chinoise », ou en « médecine afro-chinoise » ont modifié les relations d'interdépendance entre les différentes médecines. La communication proposée ici abordera ces dynamiques en privilégiant la diversité des formes d'investissement et d'appropriation de la médecine chinoise qui se développent aujourd'hui au Mali.

Médecins diplômés, tradipraticiens chinois et locaux se réclament ainsi de la médecine chinoise et formulent des définitions concurrentes de la « vraie médecine chinoise », des savoirs qui la légitiment. Les argumentations qui s'affrontent ont pour objet le « pouvoir de guérir », les voies de son acquisition. Les discours recueillis doivent être mis en perspective avec les pratiques thérapeutiques observables. Les techniques mises en œuvre, les objets techniques utilisés, permettent d'approcher des constructions antagonistes de la notion de diagnostic, des liens entre technique et art du thérapeute.

Je me suis particulièrement intéressée aux usage d'un objet technique controversé, la « machine à diagnostiquer » (ou « quantum analyseur »). Cet appareil, fabriqué et commercialisé par des entreprises chinoises est la cible privilégiée des médecins diplômés. Pour les guérisseurs qui l'utilisent, il contribue à légitimer la médecine qu'ils pratiquent.

Cet objet technique, dont j'ai tenté de retracer le parcours et d'analyser le « mode d'existence » particulier se caractérise par la force et l'étendue des schèmes imaginaires qu'il cristallise, par la multiplicité des significations qui peuvent lui être associées. Conçu en Occident à la fin des années 90, puis modifié par des techniciens chinois, il est censé permettre d'effectuer un diagnostic selon les principes de la médecine chinoise (mesure des flux d'énergie et des déséquilibres énergétiques) et de le traduire en analyses biomédicales. Il est aujourd'hui répandu dans le monde entier et utilisé en Occident dans des cabinets de médecine alternative. Au Mali les usages de cet objet constituent l'indice d'une nouvelle forme de syncrétisme.

 

 


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