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Les meneurs du « Festival des rituels et des danses masquées » de Cotonou : des meneurs de cérémonies ou de danses masquées ?
Mathilde Heslon  1@  
1 : École des hautes études en sciences sociales  (EHESS)  -  Site web
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), École des Hautes Études en Sciences Sociales [EHESS]
54, boulevard Raspail 75006 Paris -  France

Dans le prolongement de mon mémoire de Master recherche portant sur la mise en scène de rituels par le Festival des rituels et des danses masquées (FERIDAMA)[1] de Cotonou (Bénin), j'examine ici les différentes fonctions de ses « meneurs ».

En effet, les « meneurs du festival » ne sont pas exactement meneurs de cérémonies : il s'agit de présentateurs qui annoncent les groupes de masques et remercient les personnalités présentes. Norbert Zounon, frère de l'organisateur, est le présentateur principal de l'édition 2014 du FERIDAMA qu'il m'a été permis d'observer. Il remplace un autre présentateur, alors à Abidjan pour sa thèse sur l'économie des festivals. Il fut choisi car, professeur, il peut s'exprimer en français. Les deux premiers jours il est seul et parle français, alors que le public le parle très peu (et que les larsens gênent la compréhension). Ces discours, d'une élite lettrée, sont donc plutôt destinés aux promoteurs culturels et politiques qu'au public. Le dernier jour un traducteur apparaît : ses traductions sont nettement plus longues, rythmées et expressives que les propos du présentateur et les applaudissements ou les rires, beaucoup plus présents.

A ces « meneurs de festival » s'ajoute un « meneur de cérémonie »[2] plus conventionnel, au sein d'un groupe de masques Bourian afro-brésiliens[3]. Ces masques sortent habituellement lors des évènements familiaux (mariages, décès) chez les agoudas. Ce dernier meneur chante et danse au milieu des masques et reçoit de l'argent en louangeant l'organisateur. Il n'a aucune fonction d'« animateur » et la foule ne semble pas plus enthousiasmée par sa présence que par celle des « meneurs de festival ». Cela me semble révélateur du véritable objectif du FERIDAMA : montrer des rituels proche du vodou (les Zangbeto, entres autres), c'est-à-dire des rituels « condensés », plutôt que les danses masquées ou festives des rituels « diffractés » (Houseman 2004), où les meneurs jouent un rôle essentiel dans la mobilisation du public[4]. Or, ces rituels diffractés sont associés à l'évangélisme, que de festival dénonce en raison de sa concurrence directe avec le vodou. C'est sans doute pourquoi ils sont ici masqués au profit des rituels condensés.

 

 

 

 

 

Bibliographie indicative :

 

- Andrieu Sarah, « Une forme globalisée, des enjeux localisés. Les festivals culturels régionaux au Burkina Faso des années 1990 à aujourd'hui ». In Une Histoire des Festivals, Publication de la Sorbonne, 2013, pp.123-138.

- DOQUET Anne, « Les festivals de masques en Pays Dogon : des remaniements contemporains de la tradition », in BEDAUX R. & VAN DER WAALS J.D. (éds), Regards sur les Dogon du Mali, Rijksmuseum voor Volkenkunde et Editions Snoeck, Leyde et Gand, 2004, pp. 189-195.

- GURAN Milton [MONTEIRO RIBEIRO Milton Roberto], “Agouda – Les “Brésiliens” du Bénin. Enquête anthropologique et photographique”, Thèse de doctorat, Marseille, Novembre 1996.

- HESLON, Mathilde, « La campagne saumuroise So British : un phénomène ethnologique ignoré. Compte-rendu d'enquête exploratoire à propos de l'immigration britannique dans un village du nord-saumurois ». Revue Internationale d'Ethnographie n°3, 2013.

- HOUSEMAN, Michael, « The Red and the Black: A Practical Experiment for Thinking about Ritual », Social Analysis, 2004.

- PEIFFER Charlotte, “Les usages contemporains du masque au Burkina Faso”, Mémoire de recherche de Master 2 en Ethnologie à l'Université de Strasbourg, 2011.

- PUIG Nicolas, "Amour, honte et prestige au Caire : Les musiciens de l'avenue Mohamed Ali entre intimité urbaine et mise à distance sociale", L'Homme, Revue française d'Anthropologie, 2009, pp. 51-77.


[1] Il s'agit d'un festival de masques, type de festival existant aussi au Mali (Doquet 2004), et faisant parti du même réseau que ceux du Burkina Faso étudiés par Sarah Andrieu (2013) ou Charlotte Peiffer (2011).

[2] D'après les descriptions de meneurs de cérémonies des mariages du Caire de Nicolas Puig (2009).

[3] Etudié plus précisément dans la thèse de Milton Guran (1996).

[4] Cette étude concernant les rituels diffractés et condensés dans le FERIDAMA prolonge une étude effectuée en licence sur les rituels de passages concernant les Britanniques du saumurois (Heslon 2013).



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