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Solo sur L'ombre des choses à venir ou comment lire la confusion des archives dans l'œuvre de Kossi Efoui comme stratégie institutionnelle de positionnement
Marie-Pierre Bouchard  1@  
1 : Department of French  -  Site web
University of Toronto 50 St Joseph Street, 2nd Floor Toronto ON M5S 1J4 Canada -  Canada

Sur le plan institutionnel, il faut remonter à l'année 1989 pour voir le nom de Kossi Efoui apparaître pour la première fois sur la scène artistique francophone. Cette année-là, l'hermétisme et le caractère hautement politique de sa pièce Le Carrefour lui valent de remporter le Concours Théâtral Interafricain chapeauté par Radio France International et d'entrer ainsi par la grande porte au sein du « système littéraire francophone » (Halen, 2001; 2003). Puis, au Carrefour, succèdent rapidement Récupérations, La Malaventure, Le petit frère du Rameur, Que la terre vous soit légère, Le Corps liquide, toutes des pièces qui, entre 1992 et 1998, trouvent accueil auprès d'un public appâté par la radicalité d'une écriture africaine éminemment contemporaine.

Aussi, lorsque La Polka paraît aux Éditions du Seuil à la rentrée printanière de 1998, personne ne s'étonne de lire, sous la plume d'un auteur et dramaturge africain déjà connu pour le traitement que son écriture réserve à la forme et aux discours sociaux dans lesquels il baigne, le décor d'une Afrique aux prises avec la réalité de ses violences. Puis, suivront encore La fabrique de cérémonies, Solo d'un revenant et L'ombre des choses à venir. Toutefois, si La fabrique parle toujours ouvertement et directement d'Afrique et que Solo d'un revenant propose le récit d'un individu placé entre souvenirs et présent, entre vengeance et pardon, après dix ans de massacres et d'exil dans une ville que l'on devine encore africaine, L'ombre des choses à venir vient brouiller les pistes en reprenant une multitude d'images d'archives appartenant à la mémoire d'un type de violence qui n'est pas ou ne fut pas le fait du seul continent africain. Il puise également à pleines mains dans les archives de la mémoire littéraire et collective d'autres événements douloureux de l'histoire humaine, à commencer par le génocide des Juifs et le commerce triangulaire; un geste qui demande réflexion et que nous nous proposons d'éclairer dans le cadre de la communication que nous soumettons pour l'atelier « Du recours aux archives pour parler du présent : quelles nouvelles dynamiques en littératures africaines? ».

Reprenant les grandes orientations tracées par les coordonnatrices de cet atelier, notre intervention tentera d'explorer la dimension plus politique et institutionnelle que peut sous-tendre l'utilisation d'archives dans la production littéraire africaine contemporaine, surtout lorsque celle-ci sert à surprendre son lecteur en donnant à ses référents une couleur et un visage qui ne correspondent ni à l'image ni aux stéréotypes du genre auxquels ce même lecteur pouvait s'attendre. En ceci, suivant les enseignements de Michel Foucault (1969) et de Judith Butler (1990), entre autres, sur les notions d'archive et d'identité, cette communication rappelle que la conceptualisation du sujet n'est jamais antérieure au champ culturel qui la situe et la construit, mais constitue toujours le fruit en situation d'une performance : celle d'un sujet qui, par le positionnement de son corps, de ses gestes et de sa parole, confirme, répète ou conteste les règles rendant possibles ou non la reconnaissance d'un corps se targuant publiquement de dire « je ».



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