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Sénégalais au Maroc : quelques enjeux de la construction d'un imaginaire sur l'amitié
Nazarena Lanza  1@  
1 : Institut d'ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative  (IDEMEC)  -  Site web
CNRS : UMR7307, Université de Provence - Aix-Marseille I
MMSH 5 Rue du château de l'Horloge - BP 647 13094 AIX EN PROVENCE CEDEX 2 -  France

La présence de plus en plus importante, au Maroc, de pèlerins africains subsahariens appartenant à la confrérie soufi de la Tijaniyya constitue l'un des résultats de la diplomatie religieuse orientée vers l'Afrique de Mohammed VI. Celle-ci s'appuie notamment sur le bagage symbolique commun de l'islam malikite et du soufisme confrérique et sur la promotion des « relations séculières » qui le lieraient à certains pays du sud du Sahara, notamment au Sénégal.

C'est dans ce cadre que je voudrais questionner les discours et imaginaires produits dans deux contextes différents mais en lien avec la présence de sénégalais au Maroc. Je me réfère, d'une part, aux pèlerins des groupes « clé en main » organisés par un nombre croissante d'agences dakaroises et, de l'autre, aux sénégalais résidant au Maroc, qu'ils soient étudiants, travailleurs ou migrants « en transit ». Si les premiers semblent faire écho aux discours promus au niveau interétatique (et repris par les médias) présentant le Maroc comme un pays « frère » dans l'islam et comme le berceau de la tarîqa Tijaniyya, les deuxièmes expriment une certaine déception à l'égard de l'islam pratiqué au Maroc et dénoncent un racisme ordinaire – parfois violent- à leur égard.

Les deux discours existent, chacun dans son contexte plus ou moins restreint, et semblent loin de converger. Comment appréhender ce décalage entre discours « pèlerins » et discours « ordinaires » ? Est-ce qu'on peut parler de construction, par le haut, d'un imaginaire « enchanté » du Maroc, repris par les groupes de pèlerins, qui contribue à mitiger les expériences plus ou moins déroutantes des sénégalais résidant ou de passage au Maroc ? Est-ce que ce tourisme religieux en provenance d'Afrique subsaharienne a un impact sur la manière de voir les sénégalais et, plus globalement, les « Noirs » au Maroc ?


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