Bandeau_reaf_Complet.gif

Littératures africaines francophones, migrance et dynamiques cosmopolitiques
Catherine Mazauric  1@  
1 : Centre Interdisciplinaire d'Etude des Littératures d'Aix-Marseille  (CIELAM)  -  Site web
Aix-Marseille Université - AMU : EA4235

La critique et l'histoire des littératures africaines francophones ont entériné la distinction entre des écrivains « résidents » (sur le continent) et des écrivains « migrants » ou « exilés » (autrefois surtout en France, aujourd'hui dans d'autres pays européens comme l'Allemagne et surtout en Amérique du Nord). Diop (2011) notamment corrèle cette répartition avec, du côté des résidents, une plus grande attention portée au monde social, et, du côté des migrants, une ouverture internationale allant de pair avec une part plus importante accordée à l'imaginaire. Cette distinction est renforcée sur le plan historique par la notion de générations successives, caractérisées, outre par des esthétiques renouvelées, par des thématiques privilégiées. On sait ainsi qu'à la suite de Waberi (1998), Chevrier (2005) a vu dans la « quatrième génération » des auteurs africains francophones celle de la « migritude ». Et l'on ne compte plus aujourd'hui les études mettant en avant l'avènement actuel d'une littérature produite par des Afropéens et autres afropolitains, tout à la fois produit et vecteur récents de dynamiques cosmopolitiques.

Cependant l'examen de l'histoire de ces littératures conduit à interroger et nuancer ce modèle. Albert (2004) et Fonkoua (1999) ont rappelé que la migration ne constitue en rien un thème neuf au XXIe siècle, de grandes œuvres aujourd'hui classiques ayant procédé de ce qu'on appelait alors l'immigration et du « voyage à l'envers ». En outre, l'exemple de certains auteurs classiques conduit à se demander si la caractérisation de certaines œuvres comme « migrantes » procède véritablement d'une poétique intrinsèque, ou bien du regard qu'on porte aujourd'hui sur elles. Enfin on ne saurait enfermer les migrations dans un trajet vectoriel unique du Sud vers le Nord : Williams Sassine et Ken Bugul par exemple ont produit une part de leur œuvre en Afrique, mais loin de leur pays d'origine. L'Haïtien Roger Dorsinville, exilé au Sénégal, est-il un auteur africain ? On sait que le prisme national pour appréhender les littératures africaines, et plus généralement des Suds, a fait l'objet d'un débat voici une trentaine d'années : dans quelle mesure thématique des migrations et migrance des écrivains renouvèlent-elles cette problématique ?

On se propose d'examiner l'évolution paradigmatique qui lierait migrance et dynamiques cosmopolitiques. Dans quelle mesure et comment les littératures africaines francophones ont-elles porté de longue date, y compris depuis l'ancrage dans ce qu'une critique aujourd'hui obsolète envisageait comme la « tradition », et portent-elles à présent des dynamiques cosmopolitiques ?

Références bibliographiques :

Albert Christiane, L'Immigration dans le roman francophone contemporain, Paris, Karthala, 2004.

Chevrier Jacques, « Afrique-sur-Seine : autour de la notion de migritude », Notre Librairie 155-156, 2005.

Diop Papa Samba, « Ecriture et sens du social : les romanciers francophones actuels sont-ils des romanciers du réel ? », Bisanswa Justin K., Kavwahirehi Kasereka, éd., Dire le social dans le roman francophone contemporain, Paris, Champion, 2011.

Fonkoua Romuald, dir., Les Discours de voyage, Paris, Karthala, 1999.

Waberi Abdourahman Ali, « Les Enfants de la postcolonie. Esquisse d'une nouvelle génération francophone d'Afrique noire », Notre Librairie 135, 1998.



  • Présentation
Personnes connectées : 1