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Ce que la technologie a changé dans l'élaboration d'une grammaire de référence pour les langues africaines orales
Paulette Roulon-Doko  1@  
1 : Langage, Langues et Cultures d'Afrique Noire  (LLACAN)  -  Site web
CNRS : UMR8135, INALCO, Université Paris VII - Paris Diderot
Bâtiment C 1er étage 7 rue Guy Môquet - BP 8 94801 VILLEJUIF CEDEX -  France

Le développement de techniques modernes ont totalement changé la façon d'aborder l'étude d'une langue orale et en particulier pour ce qui est de l'élaboration d'une grammaire de référence à visée typologique. En effet, les enregistrements sur bandes magnétiques qui ont bien sûr déjà apporté un très grand changement dans le travail de terrain étaient utilisées de façon très ponctuelle pour ne pas être endommagées, et il n'était pas question de les réécouter à l'envi. Les enregistrements numériques par contre permettent une écoute aussi fréquente qu'il le faut. Quant à l'ordinateur, qui a remplacé la simple notation à la main sur cahier et les fichiers en bois, il a permis d'utiliser des bases de données (Toolbox) et donc de faire un travail de recherche et de compilation de ces données beaucoup plus performant. Dernière étape, l'association de l'image, du son et de la transcription que propose des logiciels comme ELAN est un pas de plus vers la possibilité d'une prise en compte systématique de la complexité de l'oral du corpus étudié. Tous ces moyens ont de plus l'avantage de pouvoir mettre le corpus à la disposition de tous, et d'être accessible en particulier aux locuteurs de ces langues.

Travaillant sur un langue isolante avec une très faible morphologie, le gbaya du nord (gya, Niger-Congo, Adamawa-Ubangui) qui est parlé en Afrique Centrale (2/3 RCA, 1/3 Cameroun) par environ 500 000 locuteurs, j'ai choisi de travailler sur le corpus recueilli pour l'établissement de la grammaire et n'ai recouru à l'élicitation que dans des temps ponctuels de contrôle, mais pas pour la recherche des formes. L'élicitation qui incite à recourir à la compétence/performance du locuteur peut très vite créer des énoncés dont l'emploi n'est pas véritablement attesté. Ce type de travail conduit souvent aux questionnaires, utiles sans doute pour multiplier les paradigmes morphologiques par exemple, mais beaucoup moins fiables lorsqu'il s'agit d'autres domaines de la linguistique (problème de calque de la langue cible entre autres). Certaines grammaires parues récemment commencent à systématiquement indiquer lorsqu'un exemple est élicité, ce qui signifie qu'il n'a pas pu être trouvé dans le corpus spontané ou qu'il est très rare. Cela rompt avec des quantités de grammaires dont les énoncés étaient le plus souvent tous élicités. L'intérêt d'un travail sur corpus est de pouvoir systématiquement contrôler la fréquence d'emploi d'une forme identifiée. Cette information me semble fondamentale pour définir la place de ladite forme dans le système. Certaines langues par exemple font un grand usage de la topicalisation tandis que d'autres utilisent plus la focalisation. Sans étude de corpus, seuls les procédés utilisés peuvent être présentés et non la mention de la place que chacun y occupe.

Je donnerai des exemples concrets d'exemples pour illustrer l'intérêt d'une grammaire sur corpus et préciser la méthodologie sur laquelle elle repose.



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