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Articulation des migrations internes et externes : quelles territorialités et dynamiques d'acteurs au Mali ?
Hawa Coulibaly  1@  
1 : Centre d'Etudes en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques  (CESSMA)
Université Paris VII - Paris Diderot, Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE)
Université Paris Diderot, Bât. Olympe de Gouges, case postale 7017, 75205 Paris cedex 13 -  France

Les migrations maliennes se caractérisent par la diversité de leurs formes (internes et externes), par la complexité de leurs motifs et par l'ancrage de leurs pratiques dans les sociétés locales. Au Mali, l'une des caractéristiques fortes des dynamiques migratoires est le maintien des liens entre les migrants et les communautés d'origine. En dehors des aides apportées à leurs propres familles, certains migrants s'organisent en association pour réaliser des actions destinées aux communautés d'origine. Cette communication s'intéresse principalement aux activités associatives des ressortissants de la région de Koulikoro installés dans la ville de Bamako. Ici, l'association devient un espace où les migrants internes et externes agissent collectivement. Un rapport de complémentarité se crée entre les ressortissants multi-situés lesquels décident de se mettre en relation afin de renforcer leur capacité d'action dans le lieu d'origine.

 

Koulikoro est la deuxième région administrative du Mali. Dans de nombreuses localités de cette région, les pratiques migratoires jouent un rôle important dans les stratégies de territorialisation des dynamiques d'acteurs. De ce point de vue, la mobilisation associative permet une mise en réseau des ressortissants installés à Bamako et ceux situés en France et en Afrique centrale. D'une part, la création des associations de ressortissants à Bamako possède un lien fort avec l'installation des migrants de retour dans la capitale. D'autre part, le déclenchement du processus de décentralisation territoriale au Mali à partir de 1993 a contribué à la reconnaissance du rôle des migrants dans le développement local. Cela a entraîné une multiplication des associations réunissant les ressortissants des communes nouvellement créées. Progressivement ces structures créées en ville sont devenues une interface entre les migrants en dehors du pays et les communautés d'origine dans le cadre de la mise en œuvre des projets (constructions d'infrastructures socio-sanitaires de base, des routes...). Les enjeux de cette interconnexion des migrants internes et externes renvoient entre autres aux rôles politiques et économiques des ressortissants dans le lieu d'origine. Suite à la décentralisation, la dynamique associative a permis aux migrants de s'impliquer dans les politiques locales. Les élus locaux s'appuient sur la mobilisation des migrants laquelle représente une marge de manœuvre dans un contexte au Mali où les collectivités territoriales manquent de moyens pour assumer les compétences qui leur ont été transmises de la part de l'État. 

Cependant, l'implication des migrants dans la gouvernance locale est complexe car elle met parfois en confrontation les priorités divergentes des élus politiques et des associations de migrants (à la base orientées par une logique sociale). Mais au-delà de l'intérêt collectif de la mobilisation associative, l'articulation des expériences migratoires est une stratégie individuelle permettant à certains migrants de s'engager dans une carrière politique.


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