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Approche comparative et écologique de parlers linguistiquement proches en situation de contact. L'exemple des voyelles (non préfixales) en bantu B20 (kota-kele).
Lolke Van Der Veen  1@  
1 : Laboratoire Dynamique du Langage  (DDL UMR 5596)  -  Site web
CNRS : UMR5596
ISH, 14 avenue Berthelot, 69363 LYON CEDEX 07 -  France

Comment des variétés linguistiquement proches évoluent-elles et s'influencent-elles alors que leurs locuteurs entretiennent des relations d'échange intenses les uns avec les autres et que ces locuteurs sont amenés à les utiliser au quotidien dans un contexte de plurilinguisme généralisé ?

Cette contribution tentera d'apporter des éléments de réponse à cette question en se fondant sur une étude de cas : l'histoire complexe de l'évolution des voyelles (non préfixales) des parlers bantu B20. Le groupe B20 comprend une quinzaine de parlers structurellement et génétiquement proches mais géographiquement très dispersés. L'étude lexicostatistique de Bastin et Piron (1999) le fait apparaître comme un groupe flottant, composé de deux sous-ensembles. D'autres travaux (Bastin et al. 1999, Alewijnse et al. 2007, Grollemund 2012) corroborent son caractère flottant de même que l'existence de deux, voire trois sous-groupes. L'éclatement spatial fait que les parlers se trouvent en contact permanent avec des variétés linguistiques d'autres groupes (B50 et B60 notamment). Dans certaines régions les locuteurs des parlers B20 entretiennent également des contacts réguliers et soutenus les uns avec les autres.

L'étude des correspondances vocaliques en B20 (voire au-delà : i.a. A90) révèle une variabilité souvent déconcertante. Chaque parler atteste, à des degrés variables, nombre de réalisations imprédictibles venant s'ajouter aux réflexes vocaliques réguliers que seule une approche quantitative et systémique est capable d'identifier. Cette situation confuse ne fait que s'amplifier du fait que des informateurs se réclamant d'une même variété mais venant de localités différentes produisent parfois des voyelles divergentes. Certaines variétés s'avèrent plus stables et donc moins sujettes à variation que d'autres. L'étude des réflexes vocaliques amène à distinguer entre développements internes et développements externes. Les premiers, présents sous forme de tendances plus ou moins prononcées selon les parlers, s'expliquent notamment par des processus de propagation de traits vocaliques et formation de diphtongues, contraintes sur les cooccurrences vocaliques, entourage consonantique, etc.). Les seconds ne peuvent s'expliquer que par des situations de contact intense et soutenu.

L'écologie actuelle des parlers fournit tous les ingrédients pour l'élaboration de scénarios permettant d'appréhender la complexité des évolutions : héritage linguistique, proximité structurelle, plurilinguisme ambiant et prestige, nombre de locuteurs, degré de vitalité, absence de standardisation, distance spatiale, contact, mobilité (individus) et brassage (populations), stratégies matrimoniales et résidentielles, etc. C'est la combinaison de tous ces facteurs, internes et externes, qui a engendré la situation complexe actuelle.

La communication commencera par un aperçu des types d'évolutions phonologiques que ces parlers attestent et un synopsis des réflexes relevés. Elle s'intéressera ensuite aux divers facteurs ayant engendré la situation actuelle et s'interrogera sur les implications pour les recherches sur la classification des langues et dialectes de la région.



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