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La Chine et « la meilleure façon de faire »: la circulation des médicaments à base d'artemisinine aux Comores
Kelley Sams  1@  
1 : Centre Norbert Elias
CNRS : UMR8562
2, rue de la Charité 13002 Marseille -  France

Cette communication propose une réflexion sur la circulation des médicaments à base d'artemisinine et s'appuie sur les résultats de recherches ethnographiques menées en Chine, à Genève, et aux Comores.

L'artemisinine comme traitement du paludisme a émergé d'une initiative de l'État chinois dans les années 1970 qui cherchait à développer un traitement efficace basé sur la médecine traditionnelle chinoise. Les médicaments à base d'artemisinine sont apparus sur le marché global au début du 21ème siècle après avoir été bloqués par des politiques nationales et internationales pendant presque 30 ans. Actuellement, ces médicaments sont recommandés par l'OMS comme traitement du paludisme simple, mais leur circulation et utilisation sont soumises à des tensions liées à la diversité des représentations et systèmes de régulations des différents acteurs impliqués

Cette « invention chinoise », depuis sa mise sur le marché, fait l'objet de nombreux débats. Ces débats portent notamment sur les « bonnes » conditions de son utilisation, sur le niveau de qualité attendu de la part des différents producteurs, ou encore ils concernent les conditions de la mise sur le marché et la fixation du prix de ces médicaments subventionnés par les agences et gouvernements impliqués. Dans l'Union des Comores, une distribution de masse gratuite et obligatoire des médicaments à base d'artemisinine a été menée par l'État chinois dans une lutte visant à éliminer le paludisme entre 2007-2015. Cette stratégie de distribution de masse, permettant de traiter toute la population, a provoqué de nombreux débats au sein de la communauté internationale, notamment avec l'OMS. Cependant, cette stratégie qui était également accompagnée par une politique de retrait de tous les médicaments antipaludiques du marché pharmaceutique privé, a permit de réduire drastiquement le taux de prévalence du paludisme aux Comores.

Cette communication explore les relations sociales et politiques internationales provoquées par la circulation des médicaments à base d'artemisinine. Nous explorerons en particulier le rôle de l'État chinois en tant qu'acteur dans la lutte transnationale contre le paludisme à travers le cas de la distribution des médicaments antipaludiques aux Comores. Pour les populations qui gèrent leur santé et traitent la maladie dans le contexte d'Afrique postcolonial, le changement de statut de la Chine comme nouvelle autorité médicale amène vers un nouvel imaginaire de la santé publique et vers un changement plus large dans les relations géopolitiques. 

 



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