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Disséminations diasporiques et histoire littéraire
Christine Le Quellec Cottier  1@  
1 : Université de Lausanne  (UNIL)

Atelier "Littératures africaines, mobilités et > dynamiques cosmopolitiques"

Impliquant tant des faits sociaux et politiques que des représentations imaginaires, la notion de disséminations diasporiques m'interpelle en tant que point de départ possible d'une nouvelle lecture de l'histoire littéraire francophone africaine remettant en question les catégories et phases temporelles jusqu'ici reconnues. Les créations fictionnelles de notre extrême contemporain ne répondent plus aux images convenues que X. Garnier répérait en tant qu'« archaïsme régénérant » ou « laboratoire d'une hyper-modernité naïve[1] ». Ce socle a éclaté et notre monde globalisé place ses acteurs au cœur de nouvelles pratiques de négociation, formelles et symboliques, très souvent associées aux concepts de migrance et d'hybridité. Je pense que cette «mobilité » peut motiver une relecture de l'histoire littéraire africaine francophone, imaginée à partir de notre aujourd'hui questionnant les liens d'appartenance et les assignations identitaires, pour remonter jusqu'aux productions du début du XXe siècle.

Pour cela, je souhaite présenter un modèle alternatif organisé à partir de la scène énonciative des textes littéraires. Ce processus, inspiré par les travaux de J.-M. Moura, articule des séquences en fonction de l'ethos proposé par le texte et c'est à partir de lui que s'effectue un retour au contexte de production et à une réalité cosmopolitique. En privilégiant la représentation d'une «conscience de soi », un universel qui permet de « rendre raison des différences dans la manière d'habiter le monde et de lui donner un sens » selon l'anthropologue Philippe Descola[2], l'axe choisi évite le « piège identitaire » et peut envisager le sujet sous des formes non homogènes, qu'il soit fragmenté, dominé ou aliéné. L'« énonciation des mobilités » entre ainsi en résonance avec le cosmopolitisme, en tant qu'« expérience culturelle plurielle, résumée en une unité de vie[3] » et avec la « migrance du moi[4] », signe d'une instabilité énonciative propre à notre univers globalisé.

Mon propos interroge la logique linéaire de l'histoire littéraire, « découpée » en states aux frontières trop imperméables. Exploiter le maillage transnational et diasporique contemporain me permet de proposer une traversée du temps qui offre de nouveaux jalons pour lire la littérature francophone africaine, née d'une « forte préoccupation culturaliste » mais qui aujourd'hui « porte un regard sur le monde, et en particulier sur l'Afrique, depuis un hors-monde[5] », ce qui m'encourage à la lire sous le signe de l'autodétermination poétique.


[1] Xavier Garnier, « Evolution actuelle des littératures africaines » dans Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 2007, n°59, p. 97.

[2] Philippe Descola, Par-delà Nature et Culture, Paris, PUF, 2005, p. 534.

[3] Julien Knebusch, Poésie planétaire, Paris, Presses Sorbonne-Nouvelle, 2012, p. 63 et 37.

[4] Pierre Ouellet, L'Esprit migrateur, Montréal, VLB Editeur, 2005, p. 26-27.

[5] Xavier Garnier, op. cit., p. 108.

 



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