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Rap et politique en Tunisie : entre « discipline inclusive » et conflits de légitimité (pour l'atelier "Cosmo-politiques du rap")
Stefano Barone  1@  
1 : Griffith University  -  Site web

La communication porte sur l'analyse des liens entre scène rap et scenario politique dans la Tunisie post-révolutionnaire. En Tunisie, le rap est devenu la musique iconique de la jeunesse : sa consécration médiatique comme moteur et bande son de la révolution de 2010-2011, et sa diffusion massive à travers YouTube, ont décrété l'expansion rapide et le « succès » de la scène.

Cependant, ce « succès » présente des caractéristiques paradoxales. La visibilité du rap ne s'est pas traduite dans une monétisation systématique, ni dans le développement d'une industrie musicale stable. Le statut problématique du droit d'auteur en Tunisie et l'absence d'un vaste marché légal du disque, ainsi que les rythmes inconstantes de l'activité live, condamnent la scène à une manque structurelle de capitaux et perspectives professionnelles.

Les liens à la politique se situent dans ce cadre : la politique fournit à la scène les ressources qui lui manquent. A travers les festivals, l'État et les gouvernorats offrent des occasions pour les rappeurs de se produire en concert. Des ONG locales et internationales recrutent les rappeurs pour organiser des ateliers dans les zones défavorisées du Pays, puisqu'elles conçoivent le rap comme un instrument d'inclusion sociale. Les partis utilisent les rappeurs comme ambassadeurs auprès de la jeunesse : ils leur offrent à la fois ressources et « protection », tout en cooptant le potentiel communicatif des rappeurs et leur légitimité révolutionnaire.

Tous ces liens entre rap et politique impliquent une discipline de la scène, pratiquée par l'inclusion. Pour profiter de l'économie politique décrite ci-dessus, les rappeurs doivent discipliner leur langage et leur message ; ils doivent postuler auprès d'un État que souvent ils critiquent, afin d'obtenir des opportunités de jouer et un statu professionnel ; et ils lient leur réputation à des partis politiques lorsqu'ils choisissent de les « représenter », par exemple dans les compétitions électorales. Cette « discipline inclusive » est complémentaire à une discipline répressive, exercée par la censure et l'arrestation.

Ces jeux de cooptation, inclusion et discipline déclenchent des dynamiques conflictuelles à l'intérieur de la scène, où la légitimité politico-artistique de tout rappeur est mise en question. Ces processus conduisent à la révision constante de la définition de « vrai rap » dans le cadre de la scène, dont les membres basculent constamment entre compromis et intégrité artistique.



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