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Un nouvel objet ? Circulations et usages de photographies du royaume bamoun (Ouest Cameroun) dans l'espace numérique.
Alexandra Galitzine-Loumpet  1@  
1 : Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques  (CESSMA)  -  Site web
Université Paris-Diderot, IRD, Inalco
Bâtiment Olympe de Gouges rue Albert Einstein, 75013 Paris -  France

Proposition Panel Une (autre) histoire des images photographiques en Afrique : quelles “manipulations” pour quelles lectures ? (Erika Nimis & Marian Nur Goni)

Le royaume bamoun (Ouest-Cameroun) apparait comme l'un des Etats africains les plus photographiés dès l'arrivée des premiers Européens, les Allemands, en juillet 1902, notamment en raison de l'étonnante personnalité du roi Njoya (vers 1863 – 1933). Dès 1906, les plaques photographiques développées sur place par administrateurs, missionnaires et chercheurs, s'inscrivent dans la circulation des objets de prestige. Arrangeant lui-même ses clichés à partir de 1910, le roi acquiert un appareil et produit ses propres images, évidement distinctes du regard colonial. L'administration coloniale française lui interdit en 1924 l'usage de l'écriture qu'il a inventée comme de l'appareil photographique. Njoya meurt en exil en mai 1933.

Dans les années d'après-guerre, les clichés missionnaires et de chercheurs entreront dans un double processus de patrimonialisation : en Occident, avec l'émergence de nouvelles recherches ; à l'échelle locale, avec la patrimonialisation de la figure du roi Njoya et l'exposition de reproductions de clichés missionnaires dans le musée et le palais royal. Plus récemment, la numérisation de différents fonds d'archives achève une diffusion des représentations à l'échelle globale, induisant de nouveaux usages et de nombreux malentendus : décontextualisation, erreurs significatives d'attribution ou d'identification... aussi bien dans de grands musées occidentaux que dans le royaume bamoun et dans la région des Grassfields, où les récentes recompositions muséographiques font grand usage de clichés photographiques sans références. L'espace numérique contribue ainsi non seulement à de multiples réinventions de la tradition, mais également à une réévaluation des processus d'authentification et de valeur des clichés originaux et de leurs recompositions. Un nouvel objet, normatif et consensuel, parait ainsi émerger dans l'espace e-matériel, transformant aussi bien le cliché photographique que ses modalités d'association avec d'autres éléments, textuels ou sonores.

Dans la suite du panel « African Arts on the Web » (Ecas 2015) et plus largement, d'une étude en cours des fonds photographiques de musées européens (MEG-Genève, Documentation des collections MQB), cette intervention voudrait présenter, à partir de l'exemple bamoun, quelques-unes des modalités de ces constructions en miroir entre local et global.

 

 



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