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Paysages ruraux sub-sahariens en mutation face aux accaparements fonciers : expulsions, migrations, usages des sols et systèmes agraires
Nancy Andrew  1@  
1 : Les Afriques dans le monde  (LAM)  -  Site web
Sciences Po, CNRS : UMR5115
11, Allée Ausone 33607 PESSAC CEDEX -  France

Les acquisitions de terres à grande échelle à travers le monde ont atteint des proportions importantes, plus de 60% ayant lieu en Afrique. Les nombreuses explications vont de l'investissement et de la spéculation financière à la production agro-industrielle de biocarburants, d'une gamme de cultures alimentaires et non-alimentaires, ainsi qu'à différentes formes de tourisme et de conservation (qualifié d'«accaparements verts»), l'exploitation minière, l'expansion urbaine, sans oublier les « pots de vin » fonciers pour les investissements directs étrangers.

Un aspect des débats actuels est de savoir comment privilégier une approche englobant l'ensemble des explications, les causes sous-jacentes imbriquées dans le cadre de la mondialisation, plutôt que de s'intéresser principalement au processus des transactions et à leur régulation. L'ampleur et la diversité des accaparements de terres en Afrique sont établies : ce panel se propose d'aborder leurs répercussions sociales et les interconnexions entre acquisitions de terres à grande échelle et d'autres phénomènes majeurs qui contribuent à chasser des familles et des populations des terres et des campagnes africaines.

Dans quelle mesure les migrations et les expulsions des terres sont-elles accélérées par ces accaparements fonciers ? Comment comprendre la convergence de facteurs puissants qui déstabilisent les moyens de production alimentaire et mettent en péril l'avenir des populations africaines rurales ? Ces facteurs peuvent inclure le changement climatique, les modifications des systèmes agraires et de l'utilisation des sols associées à ces entreprises présentées comme du développement, des « investissements responsables », ou tout simplement des « opportunités » pour l'accumulation sous diverses formes ; avec ou sans reversements illicites aux élites nationales et/ou États facilitant et négociant ces transactions foncières. D'autres aspects encore, comme le rôle de plus en plus fort, mais moins visible, de la financiarisation et des institutions financières, peuvent être évoqués. Dans certains pays, des réformes foncières nationales, soldées par un échec ou d'une utilité contestable pour (et contestée par) les populations rurales, s'interpénètrent avec des processus plus larges.

Le panel vise également à rassembler des recherches sur l'impact réciproque des différentes formes de migration et/ou expulsions des terres sur les systèmes de production agricole, déjà en voie de changement et sensiblement influencés directement ou indirectement par la mondialisation, à son tour transformant profondément la vie des populations rurales. Qu'il s'agisse de l'agriculture familiale ou des moyennes et grandes exploitations et agro-industries, comment appréhender l'effet de l'accaparement foncier associé aux mouvements de populations sur l'agriculture dans différents pays ?

Cet entrecroisement de facteurs tend à façonner les perspectives futures des familles, sans qu'elles soient consultées et souvent à l'insu des dynamiques économiques et des dynamiques politiques. En outre, même si les agriculteurs sont expulsés des terres, tout le monde ne peut pas migrer. Pour ceux qui restent dans les campagnes, dont un grand nombre de petits exploitants, souvent des femmes, quelles sont les conséquences sociales de la perte de l'accès aux terres agricoles et des pâturages communaux (lié souvent à l'accès à l'eau et à d'autres ressources), aux sources traditionnelles de nourriture ? L'insécurité alimentaire entre donc en jeu également : certains des pays-cibles dépendent eux-mêmes de l'aide extérieure, la plupart des productions agricoles provenant des terres accaparées en Afrique étant exportées, alors que parallèlement une quantité importante d'hectares est convertie en cultures non-alimentaires. Dans quelle mesure se matérialisent pour les populations locales les promesses d'emplois agricoles et de compensation pour la perte des terres par les acheteurs/bailleurs ou les gouvernements ? Seront aussi les bienvenus des questionnements sur la rupture des réseaux familiaux et la fragmentation sociale, ainsi que les nombreux effets écologiques de plus en plus visibles dans le contexte d'accaparement foncier et migration(s).



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