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Environnement, pouvoir et discours locaux
Guillaume Blanc  1, *@  , Marie Lorin  2, *@  
1 : Institut des mondes africains  (IMAF)  -  Site web
Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE), Aix Marseille Université, École Pratique des Hautes Études [EPHE], Université Paris I - Panthéon-Sorbonne, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), CNRS : UMR8171
Institut des mondes africains - 9, rue Malher 75004 Paris -  France
2 : Institut National des Langues et Civilisations Orientales  (INALCO)
INALCO PARIS
* : Auteur correspondant

Du paysage aux sociétés rurales, du microbe à l'animal, les sciences humaines et sociales s'efforcent aujourd'hui de revisiter les fondements écologiques du changement social. Les chercheurs ont abandonné la thèse du déclin, qui postulait l'existence d'un équilibre écologique rompu par l'activité destructrice de l'homme. Au lieu de chercher à distinguer ce qui, dans l'environnement, relève des sphères humaines ou non-humaines, ils s'intéressent aux modalités d'imbrication du culturel et du naturel dans le paysage. Même si l'intervention humaine sur le milieu n'entraîne pas nécessairement la dégradation de celui-ci, le paysage en porte toujours l'empreinte (Castonguay 2006). Parce que cette seconde nature de l'environnement – celle portant la marque de l'homme – est précisément l'expression d'une culture – celle des hommes qui marquent l'environnement –, les sciences de l'homme doivent déconstruire ce paysage afin de saisir la façon dont il est débattu et reconstruit (Cronon 1996). Et parce que la délimitation de ce qui relève du naturel et du culturel est précisément l'expression de rapports de force, leurs praticiens doivent identifier le rôle de la nature dans la construction d'un ordre social.

C'est d'autant plus nécessaire lorsque l'on étudie l'Afrique. Source de son essentialisation historique puis historiographique, l'imaginaire d'un environnement africain homogène et dégradé continue de présider aux politiques environnementales africaines. Or, cet imaginaire est le produit direct de la colonisation : administrateurs, forestiers et colons européens ont inventé le mythe de la dégradation de l'Éden africain pour légitimer et renforcer leur pouvoir. En Afrique peut-être davantage qu'ailleurs, le changement environnemental doit être étudié à l'aune des rapports de pouvoir qui y président.

Les sciences humaines et sociales s'intéressent aujourd'hui à des concepts tels que la race, la classe ou le genre parce qu'ils offrent, aussi, un moyen d'explorer l'histoire de l'oppression et des inégalités de pouvoir. Miroir des rapports sociaux, ces inégalités prennent aussi « place », littéralement, se manifestant dans les paysages avec leurs propres attributs écologiques. La transformation du monde naturel – pour se nourrir, se vêtir ou se loger – constitue donc une autre voie pour explorer l'histoire du pouvoir (Steinberg 2002). L'enjeu de ces recherches nouvelles est d'analyser la transformation de l'environnement par différents groupes sociaux, la lutte qui s'ensuit pour organiser cette transformation, et le changement écologique qui découle de ces processus au gré desquels l'environnement devient, tout à la fois, ressource à exploiter, territoire à construire et représentation à imposer dans l'espace public.

L'objectif de ce panel est d'offrir un éclairage pluridisciplinaire sur ces rapports sociaux à l'environnement. L'environnement y sera appréhendé comme construit institutionnel, matériel et idéel, et comme instrument et révélateur des structures d'encadrement des sociétés africaines.



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