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Un évènement et son ombre Faire l'histoire et le récit du Rwanda et des Etats africains au-delà du génocide ou des expériences de crise
Florent Piton  1, *@  , Violaine Baraduc  2, *@  
1 : Centre d'Etudes en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques  (CESSMA)  -  Site web
Université Paris VII - Paris Diderot, Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE)
Université Paris Diderot, Bât. Olympe de Gouges, case postale 7017, 75205 Paris cedex 13 -  France
2 : Institut des mondes africains  (IMAF)  -  Site web
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
Institut des mondes africains - 9, rue Malher 75004 Paris -  France
* : Auteur correspondant

Le 7 avril 2014, lors des vingtièmes commémorations du génocide perpétré contre les Tutsi rwandais, une grande fresque historique dansée est montrée à Kigali au public du stade Amahoro, et retransmise en direct à la télévision. Par la voie d'un développement chronologique ramassé et d'un plaidoyer pour l'union des Rwandais, cette pièce représente l'histoire contemporaine du pays en figurant successivement la colonisation, le génocide et la reconstruction, et en excluant tout ce qui a marqué le Rwanda entre l'indépendance et la guerre (1962-1990).

 

Le spectacle propose ainsi une lecture politique des faits, dans laquelle le génocide est bien l'évènement à partir duquel l'histoire s'écrit. Tandis que cette manifestation commémorative témoigne d'une volonté de réappropriation politique de l'histoire, elle interroge les modalités d'écriture de celle-ci. En effet, le spectacle suggère une lecture inversée du processus historique en déterminant des causalités et des responsabilités a posteriori, ce qui pose une série de questions d'ordre à la fois méthodologique et théorique sur les conditions dans lesquelles s'écrit l'histoire du Rwanda. Le génocide, parce qu'il a été l'occasion du déploiement d'une violence fulgurante étendue à toutes les strates de la vie sociale (l'administration, le voisinage, la famille), est devenu inévitable dans la production d'une réflexion sur le Rwanda, présent ou passé.

 

Dès lors, cet atelier méthodologique et pluridisciplinaire vise à interroger tout autant la composition des corpus que leur analyse, dans les travaux consacrés au Rwanda ou d'autres Etats confrontés à des crises d'une ampleur similaire ayant impliqué l'ensemble de la sphère sociale. Alors que les sources peuvent toutes être étudiées à l'aune du projet d'extermination des Tutsi ou de l'épisode violent, nous proposons d'opérer un décentrement dans leur lecture et leur compréhension. Les communicants sont ainsi invités à effectuer un exercice de déconstruction d'un objet, d'un évènement ou d'un corpus – dans une perspective micro – qui peut se rapporter à la crise, mais doit pouvoir être lu sous d'autres angles. Il s'agit ici tout autant d'interroger la place occupée par le génocide ou les expériences de violence paroxystique dans la collecte et la mise en récit, que de proposer une lecture alternative des sources, en acceptant de mettre l'évènement traumatique à distance pour laisser émerger d'autres thématiques et questionnements.

Alors que pendant longtemps, l'historiographie des pays africains a fait de la colonisation un moment central, l'historiographie rwandaise tend aujourd'hui à se focaliser sur le génocide, ses antécédents et ses conséquences. Par le biais du cas rwandais, l'objectif de cet atelier serait de réfléchir plus largement à la question du point de vue et du regard dans la perspective d'une nouvelle écriture de l'histoire de l'Afrique. Comment écrire une histoire qui enserre tous les aspects d'une chronologie complexe, en ne se focalisant pas uniquement sur un évènement (le génocide, la crise) ou une séquence (la colonisation) ? Face à un évènement qui fait écran, comment les chercheurs en sciences humaines et sociales, par la pratique d'un regard pluriel, parviennent-ils à traiter leur objet en en faisant ressortir toutes les dimensions ?



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