Bandeau_reaf_Complet.gif

Mémoire et identité en Afrique Lusophone
Juliana Lima  1@  , Dorothée Boulanger  2, *@  
1 : Centre de recherches politiques de la Sorbonne  (CRPS)  -  Site web
Université Paris I - Panthéon-Sorbonne
14, Rue Cujas 75231 PARIS CEDEX 05 -  France
2 : King's College Londres
* : Auteur correspondant

Dans son roman Lueji, O nascimento de um Império (1990), l'écrivain angolais Pepetela dresse un parallèle audacieux entre création artistique et transformations politiques, en analysant le rôle de la tradition et la dimension sacrilège de l'innovation en Angola à travers l'histoire de Lueji, qui au seizième siècle fondera l'empire Lunda, et de Lu, une danseuse de Luanda et double contemporain de Lueji. Ce faisant, dans une allusion à peine voilée à la situation de l'Angola postcolonial, Pepetela s'interroge à la fois sur le poids des mythes et le rôle de l'art dans la construction d' identités collectives perçues comme fondamentalement composites et ambiguës.

 

En effet, si les luttes armées qu'ont menées pendant plus d'une décennie les guérillas indépendantistes en Guinée Bissau, en Angola et au Mozambique sont la marque principale de la décolonisation portugaise, elles ont aussi systématiquement été soutenues, théorisées, voire menées par des intellectuels et des artistes soucieux de mettre en avant des histoires et des cultures nationales distinctes de celles du Portugal. La littérature, la musique, la poésie entre autres ont ainsi érigé la résistance à l'occupation et la lutte armée en mythe fondateur de la nation, à rebours des lectures nativistes présentes dans d'autres contextes africains.

 

Quarante ans après les indépendances, quelle place les luttes de libération occupent-elles dans l'ethos des différents pays d'Afrique lusophone, et comment s'insèrent-elles dans une conscience historique plus large ? Cet atelier propose de réfléchir aux différents expressions de la mémoire en Afrique lusophone, et à la façon dont elles participent de la construction des identités nationales, mais aussi et surtout sociales, régionales et globalisées des sociétés angolaise, mozambicaine et guinéenne. Quelles sont les articulations entre régimes mémoriels représentations du passé, processus de légitimation, identité(s)? Nous nous interrogerons plus particulièrement sur les nouvelles modalités d'expression artistique et politique de cette conscience historique, et la façon dont elles construisent et contestent le discours hégémonique du pouvoir. Enfin, l'héritage de l'idéologie luso-tropicale et de l'identité créole dans la formation d'une conscience historique afro-lusophone résolument cosmopolitique sera également examiné, ainsi que les silences et les tabous entourant l'histoire plus récente de ces différents pays.

 

Pour penser la pluralité et l'éventuelle spécificité de la question mémorielle en Afrique lusophone, cet atelier se situe résolument à la croisée de plusieurs disciplines en sciences humaines et sociales - la sociologie, la science politique, l'histoire, la littérature, l'anthropologie et les sciences de l'art (cinéma, peinture, musique, théâtre, graffiti et toutes autres formes d'expression artistiques).



  • Autre
Personnes connectées : 1