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Communication et santé publique
Henry Tourneux  1@  
1 : Langage, Langues et Cultures d'Afrique Noire  (LLACAN)  -  Site web
CNRS : UMR8135, INALCO
Bâtiment C 1er étage 7 rue Guy Môquet - BP 8 94801 VILLEJUIF CEDEX -  France

De nombreux organismes nationaux et internationaux interviennent en Afrique dans le domaine de la santé. Cela peut être dans un cadre intégré de santé publique mais le plus souvent, c'est à l'occasion d'interventions sectorielles (programmes de vaccination, prévention de l'infec­tion par le VIH, lutte contre le paludisme, le choléra, la rougeole, le diabète, etc.). Cette approche sectorielle, contrainte par les programmes d'intervention des organismes internationaux, segmente le domaine de la santé en compartiments étanches qui pourraient, croit-on, être traités efficacement indépendamment les uns des autres. A chaque secteur déterminé correspond une approche technique (distribution de préservatifs, de moustiquaires, de kits de purification de l'eau, etc.) censée résoudre le problème visé.

La précipitation qui accompagne ces interventions et le temps limité qui leur est imparti, empêchent leurs acteurs de se donner les moyens de communiquer correc­tement avec les populations. On constate sur le terrain une énorme déperdition d'énergie due en bonne partie à un manque d'implication des bénéficiaires potentiels qui ne comprennent pas vraiment le pourquoi de l'action que l'on veut leur imposer.

Le domaine de la santé apparaît comme très complexe et l'on peut y repérer, dans la société, trois grandes strates distinctes de locuteurs. La première, celle de monsieur et madame Tout-le-Monde, se caractérise par des conceptions du corps et de la maladie largement inspirées de la tradition de la communauté envisagée. La deuxième est celle du personnel de santé auxiliaire, qui a été formé dans le cadre de la médecine occidentale moderne, mais qui conserve l'arrière-fond des conceptions traditionnelles. La troisième strate est celle des médecins proprement dits, qui ont reçu une formation approfondie dans le domaine de la médecine moderne et ont souvent oublié les conceptions traditionnelles de leurs patients. Pour compliquer le tableau, il faut dire que, au sein même d'une communauté donnée, il n'y a pas d'homogénéité absolue à l'échelle de ces strates. La première, notamment, est de plus en plus influencée par les conceptions modernes, véhiculées par des émissions télévisées ou radiodiffusées provenant éventuellement de l'Occident.

Nous nous demanderons ce qu'une telle situation implique en termes de communication, tant au niveau des programmes internationaux d'intervention que sur le terrain concret du village, du quartier, de l'hôpital et du centre de santé. Comment le linguiste ou le spécialiste de la communication interculturelle peut-il aider à améliorer cette communication ? Suffit-il, par exemple, sur le terrain, d'adjoindre des interprètes aux spécialistes de la santé ? Comment faire pour qu'il n'y ait pas trop de distorsions entre le message souhaité, le message émis et le message perçu ? Qu'est-ce que cette situation implique en termes de formation des personnels de santé ? De quelle formation devraient bénéficier, au sein des institutions de santé publique, les personnes chargées de la communication avec le public ?

Nous retiendrons en particulier les communications en anthropologie culturelle, anthropologie de la communication, anthropologie de la santé, économie de la santé et (socio-)linguistique. Un grand très nombre de propositions dans d'autres champs disciplinaires pourra conduire à prolonger la discussion sur ce thème dans un atelier « bis ».



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