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Circularités et interactivités des productions littéraires
Ursula Baumgardt  1@  
1 : INALCO / LLACAN
INALCO, INALCO

Les Afriques présentent des productions littéraires extraordinairement riches mais encore mal connues et mésestimées. Si A. Ricard (1995) et J. Riesz (2013) contribuent à en donner des présentations d'ensemble, ceci n'est pas encore la règle et on a tendance à privilégier une réception plutôt morcelée et une perception hiérarchisante.

Cette situation s'explique entre autres par la complexité des productions littéraires : elles impliquent un grand nombre de langues et différents modes de communication. Or, ces critères ne sont pas suffisamment analysés comme étant structurants, alors qu'en réalité ils définissent justement le domaine dans le sens de la circularité et de l'interactivité, et non pas d'une hiérarchie. En effet, selon le critère de la langue et du mode de communication utilisés, on peut distinguer

a) les littératures écrites en langues européennes,

b) les littératures orales en langues africaines et

c) les littératures écrites en langues africaines.

Ces productions littéraires coexistent dans différents pays des Afriques. Par ailleurs, les domaines des productions littéraires ne sont pas « étanches », mais les textes circulent et établissent des liens étroits entre les différents champs. Ainsi, tout en coexistant dans une société donnée et en contribuant à sa pluralité culturelle, les différentes productions littéraires peuvent être réservées à des couches, classes ou castes sociales distinctes et relever d'identités multiples.

On ne peut pas pour autant appréhender ces productions littéraires selon le seul critère de l'opposition entre milieu urbain et rural, moderne et traditionnel, car elles circulent. Les critères « langue » et « mode de communication » sont opérationnels pour distinguer plusieurs cas de figure selon lesquels des liens entre les langues et les modes de communication s'établissent :

a) entre les langues : par un même auteur qui écrit dans une langue européenne ET africaine, comme c'est le cas de Boris Boubacar Diop (Sénégal) ou de Ngugi Wa Thiongo (Kenya) ;

b) entre les modes de communication : La relation est attestée dans le domaine des langues africaines, dans deux sens : oralité – écriture littéraire ; écriture littéraire – oralité.

La première circulation est attestée dans le texte par exemple à travers des proverbes qui sont utilisés comme titres d'œuvres ou de chapitres (haoussa, swahili) ; de même, l'oralité est présente à travers sa figuration : le narrateur est un conteur / une conteuse dans un texte écrit (peul, wolof). Par ailleurs, une pratique très fréquente dans le contexte de la littérature écrite en alphabet arabe ajami est son oralisation : le texte est diffusé par sa récitation en public.

c) entre les langues et les modes de communication : Le lien se réalise par l'énonciateur (producteur du texte), par exemple Âmadou Hampâté Bâ, chercheur en littérature orale et auteur de textes littéraires (roman et contes) en français. On peut citer aussi la réécriture en français de contes par Dadié.

 


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